Changer de modèle économique : du local au global
Chères amies, chers amis,
Aujourd’hui, j’ai présidé, à la Maison de la région Poitou-Charentes, une conférence sociale réunissant les
entreprises et les salariés (et leurs organisations syndicales et professionnelles), ainsi que les acteurs de l’économie sociale et des représentants des comités d’entreprises.
Nous avons adopté un plan d’actions dans le cadre de cinq
priorités (pour consulter le détail, rendez-vous sur le site de la Région) :
-
Mise en place d’aides à la mise en œuvre de véhicules à un euro par jour pour les salariés d’entreprises
volontaires de la région, ainsi que pour les stagiaires de la formation professionnelle, avec 2 000 premiers bénéficiaires dès 2009 ;
-
Soutien aux filières qui innovent et s’engagent dans le développement de la croissance verte pour créer les
emplois de demain (filière bois, filière sur l’énergie renouvelable avec le plan photovoltaïque, la filière de l’agriculture biologique, l’écotourisme).
Dès demain, j’irai sur le terrain constater la bonne mise en œuvre de ces efforts de la Région en faveur de l’emploi, en me rendant à Parthenay dans les Deux-Sèvres. Après une rencontre avec
les petits producteurs agricoles sur le marché, je rendrai visite à des créateurs d’entreprises grâce aux Bourses régionales Désir d’entreprendre.
Dans le même esprit, je présiderai lundi la Commission permanente du Conseil Régional qui sera consacrée au développement de l’apprentissage, à la création du service public régional de la
formation professionnelle et à la mise en œuvre de l’ambitieux plan régional de développement du photovoltaïque.
Cet engagement de la puissance publique au niveau régional est
indispensable mais ne suffit pas. La crise économique et financière que nous traversons
nécessite une réflexion globale sur le système capitaliste tel qu’il fonctionne – ou plutôt dysfonctionne.
C’est le sens du déplacement d’étude à Belém au Brésil que je vais
effectuer de mercredi à lundi pour participer au Forum social mondial, à l’invitation du Recteur de l’Université de Belém (ce déplacement
est financé sur fonds privés et personnels, c’est-à-dire ni par la région Poitou-Charentes ni par Désirs d’avenir).
Depuis le premier Forum social mondial à Porto Alegre en 2001, la réflexion sur un autre monde possible est impérative. J'ai d’ailleurs accueilli dans ma Région, à deux reprises, les
universités d'été d'Attac parce que je crois salutaires ces débats
et ces échanges dont les militants altermondialistes ont pris l'initiative contre la pensée dominante il y a une dizaine d'années et aujourd'hui en
déroute.
J'ai toujours été et je suis plus que jamais convaincue qu'on ne peut pas rebâtir une proposition alternative et crédible aux désordres actuels du monde sans être à l'écoute de tous ceux,
sans exception, et en particulier des militants, des associations, des citoyens qui s'engagent sur le terrain, qui résistent à la folle logique du profit à tout prix, qui inventent d'autres
façons de poser les bonnes questions et d'autres façons de faire.
La 8ème édition du Forum Social qui se tient à Belém revêt une
importance particulière, non
seulement parce cette grande rencontre revient dans le pays fondateur qui lui donna son impulsion originelle, mais
également parce que l'état du monde (en proie à une crise financière, économique, sociale, écologique, politique, morale...) témoigne dramatiquement de l'échec des politiques ultra-libérales
et de l'idéologie qui fut celle de la révolution conservatrice dont on voit aujourd'hui les dégâts planétaires.
Un cycle se clôt
A nous de faire que celui qui s'ouvre, au-delà des promesses sans lendemain de moralisation superficielle, remette réellement les choses d'aplomb en redonnant aux citoyens un vrai pouvoir de
décision sur le destin collectif.
Le Brésil et le travail conduit par le président Lula
permettront, sur place, d’approfondir deux idées :
-
C’est un laboratoire de pratiques politiques innovantes (dont le Budget participatif créé à Porto Alegre, très
largement mis en pratique dans tout le pays, et que j’ai repris en Poitou-Charentes au travers du Budget participatif des lycées) dont certaines peuvent être reprises en
France.
Plusieurs sujets abordés par le Forum social de Belém seront, à mes yeux, majeurs :
-
Les biens publics dont l'accès libre doit être garanti à tous (l'eau, la culture, l'éducation, le net, etc.)
avec, entre autres, le problème du brevetage du vivant ;
-
La lutte contre l’esclavage moderne avec une charte d’engagement signée par quatre états brésiliens dont le
Para, la région dont Belém est la capitale, qui en détient le triste record (notamment dans les grandes propriétés agricoles) ;
Tous ces sujets sont un concentré des grandes questions de la mondialisation marchande et du productivisme court-termiste à l'opposé d'un développement respectueux des équilibres
écologiques.
Et puis, enfin et toujours, la démocratie participative sera au cœur du Forum : de l'élaboration des décisions ("partager les décisions pour prendre les bonnes", disons-nous en Poitou-Charentes) au
contrôle citoyen de l'application des politiques publiques (rendre des comptes). Je suis d’ailleurs fière que le travail de la Région Poitou-Charentes sur la démocratie participative ait été labellisé dans le cadre de « 2009 année de la
France au Brésil » par le comité franco-brésilien d’organisation.
Voilà en quelques mots les raisons de mon déplacement d’étude au Forum social mondial de Belém.
Mais je vous rendrai compte bien sûr au fur et à mesure les débats qui s’y tiendront et les entretiens que j’y aurai (à commencer, dès mon arrivée, par un rendez-vous avec le président du
Parti des travailleurs du brésil, Ricardo José Ribeiro Berzoini).
Cordialement,
Ségolène Royal
La plus belle définition de la démocratie (Lettre d'Amérique 5)

"Mon voyage en Amérique s'est achevé aujourd'hui. Une nouvelle ère a débuté, le changement est en marche. Barack
Obama a pris une décision symbolique, la première : comme il l'avait promis, la prison de
Guantanamo sera fermée d'ici un an. L'Amérique est fière à nouveau, fière du visage qu'elle offre
au monde.
En quittant Washington, en dialoguant à l'aéroport avec des Américains, je sens une confiance nouvelle, dénuée
d'arrogance. Je mesure la force tranquille que donne la volonté de renouer avec un destin collectif. Un pays divisé est un pays affaibli, nerveux, aux aguets, perméable aux tentations
violentes. Un pays uni est fort, capable de surmonter les épreuves sans chercher à en imposer aux
autres.
Les réunions de travail que j'ai eues mercredi m'ont confirmé la volonté de changement et de résultats des
nouvelles équipes en place. Au Sénat, je me suis entretenu avec Amy Klobuchar, une jeune sénatrice
du Minnesota, étoile montante du Parti démocrate et spécialiste des questions environnementales.
Signe encourageant, elle souhaite qu'à Copenhague l'année prochaine, un accord soit enfin signé
par tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre, au premier rang desquels les Etats-Unis et la Chine.
Elle s'est montrée par ailleurs confiante sur les chances de bonne entente et de coopération entre la Maison
blanche et le Sénat, tout accord international de cette envergure devant être ratifié par la « Chambre des Etats ». Le fait que Barack Obama et Joe Biden en soient issus (pour la première
fois depuis l'époque Kennedy/Johnson) explique cet optimisme.
Nous avons évoqué les
réticences de l'industrie automobile américaine à changer ses habitudes. La demande a
évolué, les familles durement touchées par la crise préfèrent désormais des voitures plus économes en carburant. Mais l'offre américaine n'a pas su s'adapter, avec pour conséquence la
crise majeure que traversent des géants comme General Motors.
Pour toutes les entreprises automobiles qui cherchent à modifier leurs gammes de voitures en faveur de plus petites
cylindrées, Amy Klobuchar propose de mettre en place, à titre transitoire, des compensations financières. Idée pertinente à étudier : la relance de l'économie et l'avènement d'un nouveau modèle de développement respectueux de l'environnement sont plus que
jamais liés.
Au Congrès, j'ai eu également une réunion avec James Oberstar, président de la Commission des Transports à la Chambre des Représentants. Personnage très chaleureux, James Oberstar est par ailleurs francophile. Il m'a remis en détail la partie « investissement » du
plan de relance, Etat par Etat, dépense par dépense.
Le montant global du plan Obama est de 800 milliards de dollars sur deux ans, soit 3% du PIB chaque année. Le
stimulus sur l'économie américaine est considérable, grâce notamment à un crédit d'impôt de 1000 dollars par an qui touchera 150 millions d'Américains. 85 milliards de dollars concernent les
seuls investissements en infrastructures, avec un volet environnemental important :
* 30,25 milliards pour les autoroutes et les ponts (l'engorgement du trafic conduisant à une hausse très importante
de la quantité d'essence consommée) ;
* 12 pour les transports en commun ;
* 5 pour les voies ferroviaires ;
* 5,25 pour l'aviation ;
* 14,275 pour les infrastructures vertes (assainissement de l'eau par exemple) ;
* 7 pour l'ingénierie des corps d'armée américaine ;
* 10 milliards pour les constructions fédérales ;
* 400 millions consacrés à l'administration du développement économique ;
* 734 millions pour les gardes-côtes ;
* 55 millions pour l'administration maritime ;
* 45 millions pour le Saint-Laurent.
C'est donc un
programme de modernisation sans précédent depuis le New Deal
de Roosevelt en 1932 qui sera adopté dans les prochains jours. Peut-être pourra-t-il servir à acheter les TGV qui font si cruellement défaut aux Etats-Unis ! James Obestar soulignant le besoin
d'équipements en trains à grande vitesse, je lui ai en tout cas suggéré d'acheter la technologie française développée par Alstom !
A la FED, la banque centrale américaine, j'ai eu un entretien avec le Gouverneur Warsh, un des quatre membres du
Board. Entretien d'une grande franchise, révélateur d'un changement d'état d'esprit. Interrogé sur l'origine de la crise financière, le gouverneur a eu des mots durs à l'égard des institutions chargées de la régulation financière, parlant même de « paresse
» et de « complaisance ». Lucidité salutaire, qui devrait rendre possible de
nouvelles pratiques.
La journée de mercredi, consacrée aux problèmes financiers, économiques et environnementaux s'est achevée par un
déplacement au Lincoln Memorial. Pour Barack Obama, Abraham Lincoln est le président capital de l'histoire américaine : c'est lui qui a eu le courage d'abolir
l'esclavage le 1er janvier 1863 ; lui aussi qui a eu la force d'âme de prôner sans relâche l'unité de la nation.
Au centre de ce lieu de mémoire trône la statue majestueuse de Lincoln, devant laquelle Martin Luther King prononça
en 1963 son célèbre « I have a dream ». Et à côté, gravée dans le marbre, l'adresse qu'il prononça à Gettysburg, avec cette formule lapidaire qui offre la plus belle définition de la démocratie : « Un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Ségolène Royal
Sur une petite phrase et sur l'essentiel (Lettre d'Amérique 4)

Chères amies, chers amis,
Je viens de prendre connaissance des commentaires moqueurs sur les radios, ce matin, au sujet d’une de mes
déclarations sur la campagne de Barack Obama, que j’aurais « inspirée ».
Je comprends que cette phrase ait pu surprendre ceux qui, à distance, n’avaient ni le son ni l’image : « Son ego est devenu totalement démesuré ! », se sont-il
dit…
Alors, quelques précisions pour les rassurer.
Après une conférence de presse centrée sur le moment historique que nous vivions, moment auquel je participe au milieu du peuple américain, en toute humilité et sans protocole, c’est à une
question amicalement provocatrice d’un des journalistes que j’ai répondu de façon humoristique ! Intention bien comprise par l'AFP, comme on peut le voir sur la vidéo de l'interview et comme
en atteste la dépêche*.
Sur la campagne et l'utilisation d'Internet, c'est sans doute nous qui aurons à nous inspirer de Barack Obama, et
peut-être même, ici ou là, à le « copier ».
La force de l’événement vécu ici et dans le monde m’a impressionnée… mais pas au point de perdre la lucidité
!
Il y a bien d’autres événements majeurs à vivre… Comme, par exemple, cette interview très symbolique de Colin Powell sur CNN et je voudrais vous en dire quelques mots. Car elle est révélatrice du nouveau climat politique américain.
Dans cette interview, Colin Powell, ancien chef d’état-major interarmées et ancien secrétaire d’Etat de George W.
Bush, a répondu sans détour sur la question de la perte de leadership moral des
Etats-Unis, conséquence de la politique étrangère menée après 2001 (souvent contre l’avis de
Colin Powell lui-même).
Il a reconnu dans une interview très forte, et avec beaucoup de calme que nombre de décisions de l’administration
Bush avaient miné la position des Etats-Unis et décrédibilisé leur parole et leur influence dans
le monde : l’invasion de l’Irak, les entraves aux droits de l’Homme à Guantanamo ou Abou Ghraib,
les enlèvements secrets de personnes suspectées de terrorisme, leur internement secret et leurs tortures dans des prisons hors du territoire américain.
Il a salué la phrase du nouveau président Barack Obama selon laquelle « la sécurité de la nation ne pouvait pas être assurée aux dépends des libertés. »
Il a beaucoup insisté sur l’influence positive du trajet personnel de Barack Obama sur la jeunesse noire en
particulier.
Dans un troisième temps, il a salué l’invitation lancée à John McCain de dîner avec les Obama la veille de
l’investiture. Il a salué l’élégance du geste et de la réponse du challenger battu.
Colin Powell y a vu le signe de ce bipartisme dont l’Amérique et son président auront tant besoin pour vaincre la
crise, intérieure et extérieure. D’ailleurs, les décisions que Barack Obama a prises dès
aujourd’hui en sont le signe. D’une part, l’arrêt immédiat des interrogatoires musclés à
Guantanamo. D’autre part, il a réuni les chefs d’état-major pour parler de l’Irak et de l’Afghanistan. Enfin, il a réuni ses conseils économiques pour continuer la mise au point, par le
dialogue avec le Congrès, du plan de lutte contre la crise économique et financière.
J’observe que la crise est venue des Etats-Unis et de leur système de surendettement des ménages destiné à
compenser les bas salaires.
Espérons que ce changement de politique américaine permettra l’émergence d’une gouvernance mondiale avec des règles
où la finance sera au service de l’économie et l’économie au service de l’humain."
Ségolène Royal
* Vous pouvez lire ci-dessous la dépêche AFP, publiée après la conférence de presse de Ségolène Royal le 19
janvier à Washington
"A Washington, Royal retrouve "beaucoup de ses convictions" chez Obama
WASHINGTON (AFP) — L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle française, Ségolène Royal, a déclaré lundi à
Washington retrouver "beaucoup des convictions" qui sont les siennes chez Barack Obama, dont elle a prévu d'assister à l'investiture de 44e président des Etats-Unis.
"Ce que je trouve formidable dans le discours et la démarche de Barack Obama, c'est à la fois la volonté d'unité et
l'idée que chaque citoyen peut participer, doit contribuer à rechercher les solutions du futur", a déclaré Mme Royal lors d'une conférence de presse.
"C'est aussi l'idée que les solidarités et la justice sont des idées-clés de l'émergence d'un nouveau modèle de
société", a-t-elle poursuivi. "Donc, je retrouve beaucoup de convictions qui sont les miennes et qui, je pense, vont permettre au monde d'avancer vers la paix, la sécurité et la
justice".
Mme Royal, qui doit assister mardi à la cérémonie d'investiture du premier président noir des Etats-Unis, a dit
vouloir "partager avec le peuple américain un moment historique exceptionnel".
"Il y a un espoir formidable que la nouvelle Amérique, Barack Obama, puisse engager les Etats-Unis d'Amérique vers
des solutions qui répondent à la crise" mondiale, a observé la présidente de la région Poitou-Charentes.
"Ce que nous devons chercher ensemble, c'est un nouveau modèle de société, comment on répond à la crise du
capitalisme", a-t-elle estimé.
Mme Royal devait être reçue mercredi par le président de la commission des Transports de la Chambre des
représentants, James Oberstar, et par un des gouverneurs de la Réserve fédérale, la banque centrale des Etats-Unis."
Source : Désirs d'avenir
Disparition de notre ancien collaborateur Olivier Marmey

Ségolène Royal et toute l’équipe de Désirs d’avenir présentent avec tristesse leurs condoléances à la famille
d’Olivier Marmey, qui a disparu ce week-end. Il était un militant engagé dont l’amitié nous manquera. Il faisait un travail remarquable dans l’équipe vidéo de Désirs d’avenir. Nous nous
associons à la douleur de ses proches.
Source : Désirs d'avenir
Le discours de Barack Obama
" Mardi 20 janvier, Washington, au café Millot, Dermon
Avenue
Depuis ce café très proche des cérémonies, je vous envoie cette lettre.
Dès cinq heures du matin dans un froid glacial, des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants de tous âges, de toutes les couleurs et de toutes conditions - ce que
Barack Obama a appelé le « patchwork of our heritage » - ont convergé vers le Mall pour vivre ce moment historique. Comme s’ils voulaient s’assurer que tout
cela était bien vrai !
Et c’est sans compter les milliards d’autres qui, à travers les écrans de télévision du monde entier, et je pense en
particulier au continent africain, avaient au même moment les yeux rivés sur cette façade ouest du Capitole.
La cérémonie d’investiture a eu beaucoup d’allure. Barack Obama est sans conteste très charismatique et il se
dégageait de cette immense foule, joyeuse et pleine d’espoir, une véritable force démocratique.
Que retenir du discours de Barack Obama ?
Vous le lirez en entier, mais voici les idées et les citations qui m’ont marquée :
-
Tout d’abord un diagnostic sans concession sur la crise économique et sur la violence du monde, qui sont «
la conséquence de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec
collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. »
-
L'Amérique est une nation d'immigrants « qui ont pris des risques » -
des hommes et des femmes anonymes -, « qui ont souffert de la morsure du
fouet. » Concorde, Gettysburg, Normandy, Khe Sahn sont les quatre batailles auxquelles Barack
Obama a fait ensuite référence pour mobiliser les énergies de la nation.
-
La démocratie fait chaque citoyen, qui, par son action, doit accompagner la prise de responsabilité de
l’Etat. Il y aura une transparence absolue de tous les systèmes d’aides.
-
« C'est le prix, et
la promesse, de la citoyenneté (…) C'est la raison pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n'aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut
maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré. »
Ce discours a duré vingt minutes. La foule était saisie par ces paroles, par cet appel constant à chacun pour qu’il
se mette en mouvement, par la force du symbole et la volonté politique.
Des centaines de personnes se sont ensuite déplacé paisiblement du Mall vers
Constitution Avenue pour assister au défilé qui montrait si bien la diversité de l’Amérique.
Tout-à-l’heure, nous sommes passés devant une maison sur laquelle est affichée en grandes lettres :
« 20 janvier 2009 : la fin d’une erreur »."
Ségolène Royal
Ecouter sans tenir compte ! Un comble...
Par Jean-Louis
Bianco,
député
"J'écoute mais je tiens pas compte". Voici ce qu'a déclaré Nicolas Sarkozy lors d'un déplacement ce 20 janvier sur la réforme de la carte militaire.
Une telle déclaration - qui visait tous les "conservatismes" qui s'opposeraient à ses réformes - est
symptomatique de sa conception du pouvoir. Cela signifie qu'il est pour lui inutile de prendre en considération les appréciations de ceux avec qui il serait en désaccord. Nous avons là la
confirmation du pouvoir d'un seul, d'une véritable monocratie.
Nicolas Sarkozy a également déclaré : "On ne voulait pas l'armée italienne, on a eu Carla. C'est quand même plus
agréable, en tout cas pour moi". Au-delà de l'humour quelque peu déplacé du chef de l'État, on se demande ce qu'il y a de drôle dans la suppression de 54 000 postes civils et
militaires...
Source : Désirs d'avenir
Premières journées à Washington
Lettre de Ségolène Royal, depuis Washington
Dimanche 18 janvier
Première journée de déplacement a Washington. Bain de foule à pied, au milieu de plusieurs centaines d’Américains
venus, malgré le froid glacial, écouter le message de fraternité et d’unité délivré par Barack Obama. L'émotion est palpable partout. On sent une effervescence. Une attente aussi. Comme le dit
celui qui sera président dans quelques heures, nous vivons un « defining moment », un moment historique. Un moment qui ouvre à nouveau l'espace des possibles.
Dimanche, sur le Mall de Washington, au pied du Lincoln Memorial, était organisé un concert-symbole,
dont vous avez sans doute vu les images. Le nom de ce concert : «We are one».
L'événement est énorme, comme le disent les Américains et Barack Obama lui-même. Le Lincoln Memorial est porteur d'une mémoire vive, une mémoire d'espoir, une mémoire de combat.
Symbole, parce que devant ce même mémorial, il y a 70 ans, Marian Anderson, grande chanteuse
lyrique américaine noire, produisait avec l'appui de la première dame Eleanor Roosevelt, un concert ancré encore aujourd’hui dans les mémoires. Quelques temps auparavant, l'association des
filles de la révolution avait en effet dénié à Marian Anderson le droit de chanter au Constitution Hall de Washington. Devant le Lincoln Memorial, c'était donc un concert de revanche qu’elle
offre au public, un concert pour la justice, pour le droit, pour la dignité.
Vingt ans plus tard, en 1963, c’est en ce même endroit que Martin Luther King prononçait un
discours resté dans l'Histoire : « I have a dream ». Et là encore que, avant-hier, le premier président noir des Etats-Unis, qui prêtera serment tout à l’heure, fredonnait les airs des plus
grands chanteurs de sa nation.
Le Lincoln Memorial est la pierre angulaire, le lien de mémoire de la
démocratie américaine dans la capitale fédérale. En face, on voit le Capitole. Au Nord, la Maison
Blanche. Et au Sud, le Jefferson Memorial. Magnifique évocation dans l'espace de cette unité que Lincoln avait toujours recherchée et qui inspire, dans chacun des gestes, le nouveau président
américain.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Barack Obama a choisi, comme Lincoln l'avait fait en son temps, de se rendre
à Washington pour son discours d'investiture en prenant le train à Philadelphie, ville fondatrice de la démocratie américaine.
Ce que j'ai vu dimanche lors de ce concert, c'est une nation rassemblée, fraternelle, dépassant ses divisions pour prendre son destin en main. Les gens voulaient partager leur émotion en toute simplicité et avec sobriété. Il y avait des familles américaines de toutes
origines, de toutes conditions, des enfants, des personnes âgées, des Noirs, des Blancs, des Latinos. Tous étaient là pour affirmer leur détermination à faire face aux défis de notre temps.
Tous étaient là pour dire leur fierté. Tout simplement.
Lundi 19 janvier
En me rendant à Washington avec Pierre Yves Le Borgn, secrétaire de la Fédération des Français de l’étranger du PS,
Christian Monjou, historien des Etats-Unis, j’ai voulu être avec le peuple américain, au milieu du peuple américain. Pour ressentir et partager sa joie, pour témoigner aussi de notre
espoir. Car nous avons toujours été ensemble, Américains et Français, quand l’espoir d’un monde
meilleur était possible.
La France a été le premier ami des Etats-Unis. J’ai été marquée hier par la visite du Mont Vernon, lieu de résidence de Georges Washington, celui que La Fayette appelait le Père de la liberté. Au Mont Vernon,
les clés de la Bastille offertes en gage d’amitié sont toujours précieusement conservées. Symbole que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous sépare.
Nous pouvons redevenir les partenaires que nous avons été : c’est encore ce que me disait lundi matin Craig Kennedy,
le président du German Marshall
Fund, l’un des plus grand centre de réflexion américain sur les relations entre les Etats-Unis
et l’Europe. L’Amérique de Barack Obama ne réussira pas sans l’Europe ; et nous avons besoin des Etats-Unis pour affronter la crise économique.
J’aurai l’occasion d’en parler mercredi avec James Oberstar, représentant du Minnesota, président de la Commission des transports de la Chambre des représentants, qui a travaillé très étroitement avec l’équipe économique d’Obama sur le volet industriel du Plan
de relance. C’est également un point que j’aborderai lors de mes contact à la FED, la Banque centrale américaine.
Pendant sa campagne électorale, pendant la période de transition, Barack Obama a incarné le meilleur de l’Amérique. Il a incarné cette Amérique qui vit encore l’idéal des Pères fondateurs, l’Amérique qui se rassemble autour des principes posés il y a maintenant plus de deux cent trente
ans dans la Déclaration d’indépendance. Cette élection est le signe d’une ouverture de l’Amérique.
Ouverture à elle-même. Ouverture au monde. Elle lève l’espoir d’une résolution commun des grands
enjeux de la planète.
En ces jours mémorables, nous espérons que Barack Obama aura la lucidité et la clairvoyance de comprendre que le
monde aujourd’hui est multipolaire et qu’il ne peut en être autrement. Il a la chance de remettre l’Amérique au coeur du monde, non pas en agissant seul, mais en choisissant la voie de la
coopération.
Nous devons devenir de vrais partenaires."
Ségolène Royal
Suite du programme de visite aux
Etats-Unis
Mercredi 21 janvier
Matin : Mémoriaux Roosevelt et Jefferson
Fin de matinée : Entretien avec M. James Oberstar, President de la Commission des transports de la Chambre des
representants
Après-midi : Governor Warsh, Board of Governors of the Federal Reserve (FED)
Après-midi : Entretien avec Mme Amy Klobuchar, Sénatrice du Minesota