"Le dérapage de Nicolas Sarkozy serait passé inaperçu s'il y avait des résultats"
Ségolène Royal sur RTL
Thomas Legrand : Madame Royal,
bonjour.
Ségolène Royal : Bonjour.
Vous êtes en ligne avec nous depuis Bordeaux. Vous êtes venue soutenir Alain Rousset, le candidat
socialiste...
Oui, et puis, hier à Périgueux, Michel Moyrand et Alain Savary également, oui.
On va, bien sûr, parler des Municipales. Mais avant, vous avez eu le temps de lire le journal
"Aujourd'hui en France", ce matin ?
Oui, vous me l'aviez recommandé. Donc, je l'ai fait.
Voilà. Le Président s'explique, ce matin, sur plusieurs sujets et il y a, bien sûr, son algarade au
Salon de l'Agriculture. Il dit : "J'aurais mieux fait de ne pas répondre". C'est un mea culpa. L'incident est clos ?
Vous savez, je pense qu'un dérapage verbal violent comme celui-ci, quand même n'est pas conforme à l'idée que l'on se fait du rôle du Président de la république. Mais ce dérapage serait passé
beaucoup plus inaperçu s'il y avait des résultats en Politique. Ce que les gens attendent et comme vous l'avez rappelé, à l'instant, j'en rencontre beaucoup, beaucoup, en ce moment. Ce que les
gens attendent, et maintenant avec colère, c'est que le Président de la République soit efficace par rapport à ce qu'il a promis, c'est-à-dire la hausse des salaires, la hausse des petites
retraites, et surtout la défense du pouvoir d'achat.
Or, vous savez que les prix flambent. "60 millions de Consommateurs" vient de publier le véritable indice des prix et les produits alimentaires, c'est-à-dire ce qui fait la base de la vie
quotidienne. Le droit de pouvoir se nourrir correctement devrait pouvoir quand même continuer à exercer en France. Or, aujourd'hui, c'est le fait maintenant de pouvoir manger correctement
plusieurs repas par jour qui est menacé dans beaucoup de familles à revenus moyens et modestes. Et je vois beaucoup de personnes âgées qui ne font plus qu'un repas par jour. Songez que, par
exemple, les pâtes ont augmenté de 40%. Donc, c'est ça, je crois qui, aujourd'hui, appelle de Nicolas Sarkozy des actions efficaces.
Justement, ce matin, dans le journal "Aujourd'hui", il dit à propos du pouvoir d'achat. Il reparle des
heures supplémentaires, et il dit : ça marche du tonnerre. Donc, ça va venir. Vous avez constaté que ça marchait du tonnerre, vous aussi ?
Je n'ai pas vraiment constaté que ça marchait du tonnerre. Je pense qu'il faudrait que Nicolas Sarkozy reprenne contact avec la réalité de la vie quotidienne. Ce que je vois surtout, c'est que
la précarité au travail augmente. Regardez, même un problème aussi facile à résoudre que celui de la rémunération, de la précarité et des contrats à temps partiel des caissières dans les
hypermarchés qui n'ont jamais gagné autant d'argent, même ce problème-là, malgré les grèves, les mouvements sociaux, qui n'ont pas été faciles pour les caissières - il y a eu des rétorsions
patronales sur elles, sur celles qui se sont arrêtées - même ce problème-là n'est pas réglé.
Est-ce que vous êtes satisfaite sur un autre sujet de la réponse du premier président de la Cour de
cassation sur la loi de rétention de sûreté ?
Ecoutez, il y a deux choses dans ce problème pour être très claire. D'abord, être maintenu en prison pour un crime potentiel qu'on n'a pas commis, c'est, en effet, pas possible. Sur le plan
juridique, je crois qu'il y a des règles à respecter, sinon laisser les institutions...
L'idée, c'est d'éviter la récidive pour les criminels très dangereux.
Voilà. Alors, j'y viens. La deuxième chose, c'est que, bien sûr, il ne faut pas relâcher des criminels dangereux qui pourraient recommencer à violer. Donc, comment faire ? Il faut - et ça, la
loi le permet déjà - obliger les criminels à se soigner. Le problème c'est qu'en prison, il n'y a plus de moyens. D'abord, il y a une surpopulation carcérale, c'est une chose. Et c'est surtout
que l'Etat a supprimé et Nicolas Sarkozy y est pour quelque chose, il a été ministre de l'Intérieur pendant très longtemps, il n'y a plus de psychiatres et d'équipe pluridisciplinaire capables
de soigner les délinquants sexuels. Vous savez, j'ai été ministre de l'Enfance, donc je suis allée...
Il répond qu'on ne peut pas obliger un délinquant sexuel à se soigner en prison
?
Ecoutez, si c'est bien fait, on peut l'y obliger. Et d'ailleurs, ça existe au Québec et ça réussit. Et moi, je suis personnellement aller voir comment ça marchait dans une prison et j'ai vu des
délinquants sexuels, j'ai vu les équipes pluridisciplinaires de psychiatres et de médecins prendre en charge les délinquants sexuels. Ils vont jusqu'à les mettre en confrontation avec des
victimes pour qu'ils se rendent compte des dégâts qu'ils ont commis ; et à la sortie de prison, il n'y a plus de récidive. Et en effet, les délinquants sexuels qui ont été condamnés par les
juges à l'obligation de se soigner - ça c'est vrai aussi en France - lorsqu'ils ne se soignent pas, ne sortent pas ; mais ils sont accompagnés par des équipes et ils finissent par se soigner
pour pouvoir sortir de prison.
Donc, des solutions existent. Le problème, c'est le manque cruel de moyens dans les services publics des soins en prison. Et si on veut être efficace sans piétiner les principes juridiques
fondamentaux - parce que sinon, c'est tout l'édifice qui s'écroule...
Il faut plus de moyens en prison ?
Il faut mettre les moyens en prison et ne pas relâcher les délinquants qui ne se soignent pas. C'est très concret.
Madame Royal, pour revenir aux Municipales puisque vous êtes à Bordeaux. Hier, vous étiez à Périgueux.
Il se trouve qu'Alain Rousset que vous êtes venue soutenir, est député. Il est aussi président de Conseil régional. Vous êtes une farouche partisane du non-cumul. Vous vous l'appliquez à
vous-même d'ailleurs.
Oui.
Mais aujourd'hui, vous êtes quand venue soutenir un "sacré
cumulard".
Oui, il n'est pas le seul.
Non, il n'est pas le seul. Mais enfin...
Voilà. Moi je souhaite, bien sûr, que le principe du non-cumul soit un jour inscrit dans notre Droit. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. Donc, le cumul il a le droit de le faire, c'est son
choix. Voilà, c'est un ami et je vais le soutenir puisqu'il me l'a demandé.
Est-ce que vous avez abandonné cette revendication ? Est-ce que vous lui dites
?
Non. Ecoutez, moi je me l'applique. D'autres se l'appliquent. Jean Yves Le Drian, en Bretagne, se l'est appliqué.
Arnaud Montebourg, votre ancien porte-parole, ne se l'applique
pas.
Voilà.
Et François
Hollande, non plus.
Voilà, mais ce n'est pas inscrit dans la Loi. Donc, je répète, ils ont le droit de le faire. Tant que ça n'est pas inscrit, et que ça n'est pas obligatoire. Moi, j'aurais fait une réforme des
Institutions et je l'aurais inscrit dans la réforme des institutions. Ca sera peut-être un jour une réalité.
Est-ce qu'on peut considérer que votre Tour de France, tour des Municipales, ne ressemble pas un peu
aussi à un tour des fédérations, une sorte de pré-campagne pour la succession de François Hollande à la tête du PS ?
D'abord, c'est passionnant ce tour de France parce que vraiment on remet de la hiérarchie dans l'importance des choses. Je voulais dire d'ailleurs à ce sujet que l'autre très grande inquiétude,
c'est ce qui va se passer après les Municipales.
Les Français ont bien entendu que Nicolas Sarkozy leur avait dit que les caisses étaient vides, c'est l'augmentation des impôts. Vous savez, il y a déjà eu six impôts créés en huit mois dont
les Franchises médicales. Aujourd'hui, on a peur qu'il y ait une CSG après les Municipales ; et puis, il y a l'invention d'une TVA dite "sociale", qui n'a d'ailleurs rien de social, tout cela
ajouté à la hausse des prix. Donc, il y a vraiment une profonde inquiétude et parfois même une colère, une angoisse parce qu'on ne sent plus le cap et la cohérence des décisions qui sont prises
pour la France.
Et alors les gens se rendent bien compte qu'en votant pour des candidats socialistes, pour des listes de rassemblement de Gauche et puis qui, souvent, s'élargissent à la société civile, aux
personnes de bonne volonté, ça va permettre de mettre un rempart dans les collectivités locales, dans les communes appuyées sur des régions qui vont faire en sorte que les dépenses publiques
soient correctement maîtrisées et que là où les choses se délitent, par des actions locales, on puisse compenser un certain nombre de dégâts.
Merci Ségolène Royal. Merci. C'était Ségolène Royal qui n'a pas eu le temps de nous répondre sur son
tour des fédérations. Mais vous l'avez compris, elle est en campagne électorale.
Ségolène Royal veut une "réforme en profondeur" de la PAC
Visite du Salon de l'Agriculture
Ségolène Royal a réclamé lundi une "réforme en profondeur" de la Politique agricole commune (PAC), lors d'une visite au 45è Salon de l'Agriculture, demandant une "répartition
urgente, plus juste" des aides au profit des éleveurs.
La présidente de Poitou-Charentes, interrogée par la presse, a demandé qu'"il y ait une répartition urgente, plus juste des aides à
l'agriculture".
"Il faut une réforme en profondeur de la politique agricole commune pour que les primes d'aides à l'agriculture ne soient pas concentrées
sur ceux qui gagnent les plus hauts revenus - les céréaliers irrigants et les gros propriétaires irrigants - mais qu'elles aillent aux éleveurs, c'est-à-dire ceux qui ont le plus de
difficultés".
"Il y a trop d'inégalités entre les éleveurs d'un côté, les céréaliers de l'autre" affirmant que 20% des "agriculteurs les plus riches" percevaient
"70% des aides".
"Avec la hausse des prix des céréales, des céréaliers, les gros céréaliers aujourd'hui recueillent des revenus supplémentaires payés par
les consommateurs qui souffrent énormément, eux, de la hausse des prix".
Pour réformer la PAC, Ségolène Royal souhaite concentrer "les aides sur les agriculteurs qui en ont besoin, qui ont des emplois sur la ferme,
en intégrant le critère du nombre d'emplois sur les exploitations, en aidant davantage les éleveurs que les gros céréaliers". "S'il n'y a pas une réforme extrêmement rapide et d'abord en
France, d'une plus juste répartition des aides à l'agriculture, tous les élevages sont menacés". "Si les élevages disparaissent, c'est l'identité des territoires ruraux de la France rurale qui
disparaissent et ca c'est extrêmement dangereux, car la France est forte de ses diversités et de son identité rurale."
Une journée avec Ségolène Royal à Caen, reportage vidéo
Reportage vidéo sur le déplacement de Ségolène Royal à Caen.
Pour voir le reportage, allez sur le lien ci-dessous
http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=sinformer_actualites&actu=2122
"Il faut garder sa sérénité et son sang-froid"
En visite au salon de l'Agriculture, Ségolène Royal commente le dérapage verbal de Nicolas Sarkozy.
A propos de l'échange d'invectives entre un visiteur et Nicolas Sarkozy samedi au salon de l'Agriculture, Ségolène Royal recommande de
"garder sa sérénité et son sang-froid". Interrogée sur cet épisode dans les travées du
parc des expositions de la Porte de Versailles, elle poursuit "Je pense que ce n'est pas une bonne image de la fonction
présidentielle".
"Il faut garder la convivialité. La violence des propos entraîne la violence des comportements".
"Ca arrive quelques fois des citoyens qui ne veulent pas vous serrer la main, c'est tout. Je dis: c'est votre droit" conclut-elle.



"On a le sentiment que c'est déjà de l'entendu, c'est vraiment un retour aux vieilles recettes", a -t-elle déclaré
sur LCI à la présidentielle au sujet de la réforme du ministre de l'Education Xavier Darcos.


