Désirs d'avenir 86000 - Arnaud Fage

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"Il faut que le gouvernement redevienne sérieux."
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Ségolène Royal aux "4 vérités" sur France 2

La République française est laïque et le gouvernement doit mettre un terme aux "dérapages".

"Je pense que ce sont des propos totalement irresponsables (...) La République française qui est une République laïque doit impérativement lutter contre les sectes".

"Il faut que le gouvernement redevienne sérieux. On voit aujourd'hui des dérapages sur tous les sujets. On peut se demander d'ailleurs quelle est la légitimité de l'auteur de ces propos".


Dans un entretien publié par VSD, Emmanuelle Mignon, l'une des principales conseillères du chef de l'Etat, déclare que les sectes sont
"un non-problème en France", évoquant notamment la scientologie. Elle a par la suite démenti avoir tenu ces propos.

"On ne sait plus qui gouverne", a estimé Ségolène Royal. "Est-ce que ce sont les conseillers, est-ce que ce sont les ministres (...) A tous les niveaux de l'Etat, il est temps que l'ordre républicain revienne".

Ségolène Royal dénonce la "désinvolture" du gouvernement
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Chat de Ségolène Royal sur lemonde.fr

Adolphe : Une grande victoire de la gauche aux municipales, cela signifierait quoi pour vous ? Je ne change rien et je commence la guerre avec Bertrand Delanoë ?

Ségolène Royal : Non, je ne suis pas de tempérament guerrier. Je suis très calme. Je fais un tour de France assez fatigant, mais passionnant. J'ai eu plus de 200 demandes de déplacements partout en France.

Je pense qu'on ne peut pas quantifier les choses. Il faut que les gens se rendent compte que tout se délite au niveau national : franchises médicales, improvisations et dérapages sur tous les sujets, problème de pouvoir d'achat non traité.

Les problèmes quotidiens des citoyens seront mieux réglés par des élus de gauche, socialistes, parce qu'ils ont des valeurs, en particulier la défense des services publics, le "vivre ensemble", les politiques économiques tournées vers l'avenir.

Et notamment, comme la quasi-totalité des régions de France sont dirigées par des socialistes, à un moment où l'Etat se désengage de nombreux secteurs, pouvoir travailler en cohérence avec des départements, des villes et des communes change la donne.

Yves : Mais le PS ne saurait gagner que les municipales quand la droite est capable de gagner nationalement ?

Ségolène Royal : Je réponds qu'au contraire, c'est dans une dynamique des élections municipales que le PS pourra se réformer en profondeur, à partir des territoires.

Et donc avancer et préparer un projet alternatif, qui se dessine déjà sur de nombreux territoires. Avec d'autres façons de faire de la politique, en particulier sur le mode d'exercice du pouvoir et sur la démocratie.

Car pour réussir des réformes, il faut des institutions qui fonctionnent bien et une démocratie approfondie. Et aujourd'hui, si le pays est bloqué, angoissé, inquiet, c'est aussi parce que les institutions ne fonctionnent pas et qu'il n'y a pas de démocratie participative.

Georges : Irez-vous soutenir Bertrand Delanoë à Paris ?

Ségolène Royal : S'il me le demande, bien sûr, il n'y a pas de problème.

Je ne pourrai pas aller partout, mais j'envoie des mots de soutien. Les candidats qui ne me sollicitent pas, je ne leur demande rien. Chacun a la liberté de mener sa campagne comme il l'entend.

Ludovic : Si Bertrand Delanoë obtient une victoire éclatante à Paris, ne pensez-vous pas qu'il serait mieux placé que vous pour tenir les rênes du PS ? Pourrait-on imaginer un pacte entre vous : lui les rênes du PS et vous l'investiture pour la présidentielle de 2012 ?

Ségolène Royal : Je ne crois pas que c'est ce qu'attend aujourd'hui le pays. Celui-ci attend une opposition ferme, claire, avec un leadership. Et un projet. Celui-ci a déjà été largement élaboré lors de la campagne présidentielle.

Il faut travailler dans cette continuité. Il faut approfondir les sujets, regarder les défis du temps présent et des années qui viennent.

Je souhaite qu'il y ait le plus grand nombre de militants qui aient la parole. Ils n'ont pas été consultés depuis la fin de la présidentielle. Il est temps de les faire voter et discuter. Il n'y a aucune tragédie, au contraire, c'est aux militants de choisir un projet et un leader.

Elise : D'après vous, doit-on avancer la date du prochain congrès du PS ?

Ségolène Royal : Je pense qu'il ne faut pas que les choses traînent. Les choses s'accélèrent dans la mesure où il y a un vide dans l'autorité de l'Etat, avec cette improvisation permanente, ces promesses non tenues, la gravité de la dégradation du pouvoir d'achat, des annonces tous azimuts démenties le lendemain, des projets concurrents à celui du projet présidentiel. Les gens n'y comprennent plus rien et ne sont pas fiers de ce qui se passe pour l'image de la France. Par conséquent, les socialistes doivent se mettre en ordre de marche.

Lise : Vous en êtes où avec le Modem ?

Ségolène Royal : Si des personnes de bonne volonté se retrouvent sur un projet municipal dirigé par un candidat socialiste, je ne vois que des avantages pour se mettre au service de la population.

Yugs : Etes-vous restée en contact étroit avec François Bayrou ?

Ségolène Royal : Non.

Sarah : Vous souhaitez, Mme Royal, une alliance allant de l'extrême gauche au centre, ce qui est une bonne initiative d'ailleurs, mais comment comptez-vous faire cette alliance, si vous êtes en situation ? Car il y a de nombreux contestataires au sein de votre parti....

Ségolène Royal : Je pense que c'est dans la force du projet que cela peut se faire. Ce ne sont pas des alliances d'appareils auxquelles je pense. Je pense que pour répondre aux défis de notre temps, il faut à la fois de la radicalité sur certains sujets. Je pense par exemple à la réforme des banques.

Et en même temps, il faut tenir compte du besoin de compétitivité de l'économie. Qui est très liée à la sécurisation des salariés, contrairement à ce que fait la droite. Je crois qu'il faut être très offensif dans l'économie de marché pour réussir à la réguler.

Vanessa : Pourquoi donc restez-vous au PS qui est totalement dépassé ? Vous devriez fonder votre propre parti ...

Ségolène Royal : Oui, je sais, beaucoup de gens de gauche m'interpellent sur cette question. Mais je suis au PS, j'en suis une élue depuis vingt ans, j'ai été ministre de François Mitterrand dès 1992. Je me sens appartenir à cette famille politique. En même temps, je suis persuadée que c'est un changement en profondeur qu'il faut si l'on ne veut pas que le PS soit marginalisé.

Paco : Pensez-vous pouvoir travailler un jour avec Dominique de Villepin ? Autrement dit, estimez-vous qu'il y a plus de choses qui vous unissent que de choses qui vous séparent ?

Ségolène Royal : A ce stade, je ne crois pas. Il y a déjà tant à faire pour rassembler les socialistes et la gauche, c'est d'abord en étant au clair avec nos convictions politiques qu'on peut après rassembler éventuellement sur d'autres sujets. Comme sur les questions de la laïcité, de l'indépendance nationale...

Gaccent : Mme Royal, qu'est-ce qui vous a motivé à signer "l'appel à la vigilance républicaine" de l'hebdomadaire Marianne ?

Ségolène Royal : Je trouve que dans le contexte il était opportun. Je pense qu'il reflète aussi l'avis de nombreux électeurs de Nicolas Sarkozy, qui s'estiment trompés par rapport à ce qui leur a été dit.

Quand on met côte à côte ses déclarations avant et après l'élection, c'est une grande désillusion qui est là aujourd'hui. Et il y a un problème de l'incarnation de l'Etat, les gens le disent beaucoup, l'image de la France à l'étranger...

Alexis de Galembert : Que pensez-vous des propos de Mme Mignon sur les sectes ?

Ségolène Royal : Je les trouve scandaleux. Je me suis occupée des sectes quand j'étais ministre de l'enseignement scolaire.

J'ai dû voter une loi pour extirper les enfants de l'emprise des sectes, notamment en prévoyant des inspections scolaires.

Et je pense qu'il faut la plus grande sévérité à l'égard des sectes, car la mise en sujétion psychologique, mentale, financière existe. Et je suis très inquiète de la complaisance à l'égard de l'Eglise de scientologie exprimée par la conseillère du président de la République.

Gonzague : Que pensez-vous des propos de Rama Yade ? Vous ont-ils blessés ?

Ségolène Royal : Ce sont surtout des propos qui doivent être condamnés avec la plus grande sévérité. On sent de la part des membres de ce gouvernement une sorte d'agitation frénétique préélectorale, un désordre des choses qui n'est pas de nature à rassurer les Français.

Ce gouvernement n'est pas sérieux, n'est pas professionnel. Il y a de l'amateurisme, de l'immaturité aussi, de la désinvolture. Il n'y a plus de cap, plus de direction.

Francis : Le gouvernement propose une augmentation de 0,8 % de la rémunération des fonctionnaires. Qu'auriez-vous proposé ?

Ségolène Royal : Comme l'ont dit les syndicats de fonctionnaires : je dis au gouvernement de respecter la parole donnée. Sarkozy a dit pendant la campagne qu'il serait le président du pouvoir d'achat.

Il a vidé les caisses en dilapidant 15 milliards d'euros de cadeaux fiscaux.

Il faut que les augmentations suivent au moins l'indice du coût de la vie. Or la hausse des prix est de 2,8 %, la plus importante depuis quinze ans. Et les produits alimentaires ont augmenté de 10 %. C'est très grave pour le pouvoir d'achat des familles.

Je le vois en tant que présidente de région, j'ai dû augmenter de 20 % le fonds social dans les lycées. Parce qu'il y a de plus en plus de familles en difficulté, y compris des familles à revenus moyens.

De plus, je pense que la droite prépare des impôts après les élections. Ce qui est en préparation, c'est une augmentation de la CSG, et sans doute de la TVA sociale, qui n'a rien de social d'ailleurs. C'est pour cela que les gens ne doivent pas voter à droite.

Amrid : Vous vous êtes engagés pendant la campagne présidentielle à revaloriser le smic à 1 500 euros, avant finalement de nous annoncer que c'était une erreur. Quels sont pour vous les leviers existants pour revaloriser les salaires sans porter atteinte à la compétitivité des produits français sur le marché international ?

Ségolène Royal : Je n'aurais pas dépensé 15 milliards d'euros. Cette somme aurait permis de doubler la prime pour l'emploi, de donner un 13e mois à 8 millions de salariés.

Ensuite, le 2e tiers de ces 15 milliards aurait permis de doubler le budget pour la recherche, l'innovation et l'enseignement supérieur. Ce sont là que se trouvent les ressorts de la croissance.

Nicolas Sarkozy avait promis le choc de la croissance, on a plutôt eu le choc des photos...

Je pense qu'il faut répartir autrement les profits des entreprises entre le capital et le travail. Regardez ce qui se passe dans les entreprises du CAC 40, qui viennent de publier des profits records, et les dirigeants ont augmenté leurs revenus de 40 % en moyenne cette année. Donc ils ne sont pas démunis pour augmenter les salaires.

En revanche, là où il y a des problèmes, c'est sur les entreprises sous-traitantes. Il faudrait une politique industrielle qui régule la répartition des profits sur toute la chaîne de production, et notamment dans les PME qui dépendent des entreprises du CAC 40.

Et enfin, il faut cibler les allègements de charges sur le travail uniquement dans les entreprises qui sont exposées à la concurrence internationale. Parce que, aujourd'hui, la détaxation des heures supplémentaires, ou toutes les aides d'Etat à l'emploi, vont aussi bien à l'hypermarché qui fait des profits considérables, tout en maltraitant les caissières, qu'à une PME qui se bat pour conquérir le marché chinois par exemple. Cette masse d'argent importante doit être concentrée sur les entreprises françaises qui se battent sur les marchés étrangers.

Florent_1 : Que pensez-vous de "l'affaire Ockrent" ?

Ségolène Royal : Je n'ai pas d'avis.

Emmanuel : Que pensez-vous des réformes pénales actuelles et en particulier la rétention de sûreté ?

Ségolène Royal : Je pense que ce sont de très mauvaises réformes qui masquent la misère matérielle de la santé en prison.

Le manque cruel de psychiatres et de médecins pour exécuter les peines de soins. Il y a des délinquants sexuels qui sont relâchés sans avoir été soignés alors qu'ils ont été condamnés à le faire.

Je suis allée voir les expériences au Québec et j'ai vu des expériences très réussies, avec une baisse considérable de la récidive des délinquants sexuels à leur sortie de prison, car ils sont pris en charge par des équipes pluridisciplinaires. Les délinquants sont confrontés à des victimes.

Bien sûr il y aura toujours des délinquants que cela ne touchera pas. Et il n'y a pas de réduction de peine si le condamné refuse de se soigner.

Fredd : pensez-vous qu'en gardant ce cap, ce pouvoir tiendra cinq ans ?

Ségolène Royal : Je respecte les échéances démocratiques, donc le pouvoir est là pour cinq ans. La difficulté, c'est que la France est victime de ce pouvoir. Chaque jour qui passe, le pouvoir accomplit mal ses fonctions, ne mène à bien aucune bonne réforme. La France est en train de reculer. Or d'autres pays avancent : l'Amérique latine, la Chine, l'Inde.

La France ne peut se permettre de prendre du retard.

Alexis de Galembert : Vous ne vous êtes pas présentée aux élections législatives en 2007. Vous ne vous présentez pas aux municipales en 2008. Quelles seront les prochaines élections auxquelles vous vous présenterez ?

Ségolène Royal : On verra le moment venu.

J'avais dans mon programme présidentiel le mandat unique, je voulais aussi consacrer du temps à la réflexion, au PS, donc je me suis appliqué cette règle à moi-même.

Pour les prochaines échéances, on verra. Chaque chose en son temps. Ce sera soit les régionales, soit les législatives. Je ne pense pas encore à la présidentielle de 2012...

J'ai été très contente de dialoguer avec les internautes. Je travaille, j'ai inauguré un nouveau TER de ma région, il y a huit trains dans la région qui rouleront avec de l'agrocarburant. L'excellence environnementale est en mouvement.

J'en profite pour dénoncer la scélérate décision de Jean-Louis Borloo de ne pas donner au Marais poitevin son label de parc régional. Ce n'est pas la peine de faire des Grenelle de l'environnement et de tolérer l'agriculture irriguée dans le Marais poitevin. Je vais saisir le Conseil d'Etat. Mais ce serait plus simple si l'on essayait de gouverner intelligemment.

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