Désirs d'avenir 86000 - Arnaud Fage

Publié le par Arnaud Fage

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1 - Combattre la mainmise du clan Sarkozy sur la France

Chers amis, chers camarades,

La France va mal. Elle a besoin de nous. Elle nous attend. Elle nous appelle, elle nous cherche. Mais elle ne nous trouve pas, elle ne nous reconnaît pas, elle ne nous comprend pas. « Où êtes-vous ? », nous crie-t-elle. Que veut le plus grand parti de gauche ? Cette attente est un défi, une chance à saisir pour être à la hauteur.

Ne soyons pas les spectateurs du film catastrophe qui se déroule devant nos yeux, pire que celui que nous redoutions car bien plus rapide et bien plus cynique que nous l’avions imaginé.  

Jamais le moral des Français n’a été aussi bas, comme si nous étions tétanisés par l’implacable travail de sape entrepris par le pouvoir actuel contre notre modèle social. Non, nous militants socialistes nous n’acceptons pas cela ! Un parti qui se bat pour les citoyens, avec les citoyens, voilà ce que nous voulons, tout de suite, car nous avons une responsabilité immédiate, immense, incontournable, celle que nous ont confiée nos électeurs : proposer une véritable alternative politique et sociale. Une vision du monde.  

Car de quoi s'agit-il d'autre après tout que d'avoir une vision d'un monde meilleur et d'unir tous les courages, toutes les intelligences, tous les savoirs et toutes les bonnes volontés pour le construire?  

Lorsque, enfin, se dessinera clairement cette alternative, alors les mouvements sociaux reprendront courage et vigueur, et pèseront d’autant plus contre ce système qui aujourd'hui se met en place sans rencontrer de résistance.  

Nous avons tant attendu ce congrès. Réussissons-le. Les Français veulent que les idées s'assument franchement, mais que les personnes se respectent. C'est donc pour eux que le congrès de Reims doit être le premier acte de la reconquête idéologique, puis politique, puis électorale. 

Un parti du socialisme d’aujourd’hui, voilà ce que nous voulons construire. Il s'agit d'une renaissance. Oui, d'une renaissance. C'est toute la gauche qui a besoin de renaître, et cela dépend de vous. De vous seuls.  

C’est vous, militants, qui, en novembre prochain, aurez la responsabilité de décider de son avenir. Lourde responsabilité, car décidant de l'avenir du plus grand Parti de gauche, vous choisirez l'avenir de la gauche, et donc de la France et donc de l'Europe. Car après 2008, avant la grande échéance de 2012, chaque année, 2009, 2010, 2011, chaque année il y aura une élection.

La vraie nature du sarkozysme :

de la rupture à la déchirure

Il avait promis la rupture. La France subit une déchirure. La France de 2008 a le visage des ouvriers de Gandrange à qui le Président de la République a promis monts et merveilles. Elle a le visage des caissières qui ne veulent pas faire des heures supplémentaires, mais qui aimeraient simplement obtenir leur part des profits faramineux de la grande distribution. Elle a le visage des enfants dont les parents sont arrêtés à la sortie des écoles, pour être expulsés, après avoir été entassés dans des conditions inhumaines.  

Les salaires stagnent, les prix montent, tandis que l'ascenseur social, lui, descend au sous-sol, comme le dit Djamel Debbouze. Catégories populaires et moyennes, toutes sont logées à la même enseigne : chacun sait qu’il peut désormais devenir travailleur pauvre ! On veut des augmentations de salaires ? Quelque uns feront des heures supplémentaires à n’en plus finir, éventuellement les mieux lotis auront droit à un peu d'intéressement.  

Les salariés voient leur pouvoir d’achat sérieusement entamé par une inflation favorable à la grande distribution et un carburant exorbitant. Étrange paradoxe d’une mondialisation où faire trente kilomètres devient un problème pour des millions de famille. On aura d’un côté les puissants dans les Falcone et pour les autres la France des voitures au garage. Pendant ce temps-là, les patrons du Cac 40 voient leurs revenus augmenter de 58% pour la seule année 2007. Le capitalisme des rentiers se porte à merveille tandis que pour les PME toutes les portes sont verrouillées. 

Lorsque le 8 janvier 2008, sans aucune vergogne, Nicolas Sarkozy se justifie en proclamant que les caisses sont vides, sans admettre qu’il est responsable, on voit bien qu’il a fait un choix, jamais encore avoué, mais inscrit dès ses débuts dans l’adoption du paquet fiscal. Démantèlement de l’État, qu'on veut démettre de ses plus fondamentales missions de service public, démantèlement de la Sécurité sociale, du droit à la retraite, de la durée légale du travail, du Code du Travail, de l’Éducation, des médias et de l’audiovisuel public, de la justice, de la laïcité, abandon des banlieues… Tout y passe !

L’économie est exsangue ? Demain, de nouveaux déficits justifieront de nouvelles régressions. 

La politique de Nicolas Sarkozy dévoie jusqu'à l’idée de changement, la transformant en stratégie d’écrasement des résistances sociales, de nivellement par le bas. C’est une stratégie brutale d’affrontement de classes et de division au sein même de chaque catégorie. C’est une politique archaïque masquée par les lunettes de la modernité branchée, un mélange inquiétant de Silvio Berlusconi et de Doc Gynéco, avec une montre de 50 000 euros au poignet. Et on s’en vante !

Il faut comprendre le caractère particulier, destructeur, implacable du sarkozysme. C’est un système de pouvoir très spécial, qui repose sur la concentration et la fusion des intérêts politiques, financiers et médiatiques d’une nouvelle aristocratie. Celle du nouveau capitalisme.

Le clan des affairistes, qui, le fameux soir du Fouquet’s, a fêté sa victoire et célébré son pacte avec le nouveau chef, a déjà reçu le prix de sa connivence : le bouclier fiscal (ils ont tous reçu le chèque), la publicité volée au service public pour renflouer les chaînes privées, et à l’horizon la privatisation d’EDF et d’Areva.  

La vraie nature du sarkozysme, c’est une droite dure, encore en campagne, déjà en campagne, toujours en campagne idéologique pour défaire la gauche sur tous les terrains. C’est elle aujourd'hui qui pose les termes du débat et qui s’empare de nos symboles et de nos valeurs pour mieux les détourner. Mais nous ne voulons pas que les valeurs du socialisme soient défaites. C'est pour cela que nous nous battrons.

Le capitalisme perd la tête  

Il va nous falloir beaucoup de courage. En 1864, Charles Dickens écrivait son grand roman Les temps difficiles. Il y exposait les effets de la Révolution industrielle en Angleterre au milieu du XIXè siècle. 

Les temps difficiles sont revenus. Une nouvelle révolution est là, comparable à celle qu’a connue le XIXè siècle. Et c’est toujours la même question avec une révolution : dans quelle mesure la subit-on ? Dans quelle mesure la maîtrise-t-on ? 

D’immenses défis surgissent, de grands dangers menacent. La circulation folle de l’argent détruit les économies. La crise alimentaire plonge dans la malnutrition ou la famine des centaines de millions de personnes. La spéculation sur les matières premières fait rage. Les délocalisations sauvages se multiplient. Le coût du pétrole renchérit les prix. La crise écologique et climatique précipite les échéances. Ici ou là, les nationalismes, le terrorisme et les guerres régentent ce que nous n’arrivons pas à organiser. 

Cette concomitance des crises marque un changement d'époque. Elle entraîne une contestation nouvelle de cet hyper libéralisme qui règne depuis la fin des années 1970. Que des financiers aient demandé la nationalisation de banques en quasi-faillite au plus fort du krach devrait égayer les socialistes! La percée de Barack Obama traduit aussi le reflux de cette irrésistible vague libérale partie des États-Unis lors de l'élection de Ronald Reagan. 

Voici la mondialisation malheureuse, celle que nous subissons. Refusons la. Arrêtons la ! 

Mais la mondialisation n'entraîne pas que des désastres. D’immenses progrès ont été accomplis. La science, grâce à une recherche sans frontières, a repoussé les limites de la vie et amélioré la santé des humains. Les nouvelles technologies de la communication ont unifié le monde plus vite que des siècles d’exploration maritime. Les investissements se réalisent aux quatre coins de la planète et créent de la richesse. Les accords internationaux organisent peu à peu une communauté juridique et politique mondiale.  

Voici la mondialisation partagée, celle que nous maîtrisons. Accueillons la. Propageons la ! 

Mondialisation malheureuse, mondialisation partagée : il s’agit des deux faces du même mouvement. Ne nous y trompons pas. La mondialisation est la pire et la meilleure des choses. 

Soit elle constituera un progrès de civilisation. C’est possible. Soit elle sera porteuse de toujours plus de malheurs. C’est possible aussi. C’est de la volonté politique que cela dépendra. En particulier de la nôtre, à nous, les socialistes. 

L'heure n'est plus aux diagnostics tièdes, aux appréciations timorées, mais à la lucidité radicale. Oui, il y a besoin de radicalité, car ce ne sont plus simplement les effets du système qu’il faut dénoncer, mais ses fondements et ses présupposés. Mettre l’économie au service de l’homme sans détruire les trésors de sa planète c'est-à-dire sans détruire le patrimoine de nos enfants, c’est cela le socialisme pour le XXIè siècle.  

Nos valeurs nous permettront de mener ce combat. Nos valeurs, pas nos vieilles recettes, car nous devrons inventer un nouveau modèle de développement et de société.

Non, la gauche n’est pas conservatrice !

En sommes-nous vraiment réduits à défendre les grandes conquêtes sociales d’hier, sans en proposer de nouvelles ? Le piège nous est tendu. Si nous y tombons, la droite pourra continuer à instruire le procès d’une gauche conservatrice.  

N'avons-nous vraiment rien d’autre à proposer que de gérer moins mal que la droite ? Au nom d'un certain réalisme ? Ce ne serait qu'une autre forme de conservatisme. 

Dans les deux cas, il s’agirait d’un renoncement à changer l’ordre des choses.  

Nous sommes résolument modernes. Nous sommes résolument pour le changement. Aujourd’hui c’est le changement qui protège et l’inertie qui affaiblit. Se contenter de défendre des acquis n’est plus protecteur.  

La leçon du 21 avril 2002, cruelle défaite, malgré notre bilan, c’est qu’une élection se gagne sur un projet, et que celui-ci doit être élaboré à l’écoute des milieux populaires, qu’il s’agisse du pouvoir d’achat, de l’insécurité ou du reste. 

La leçon de 2007, malgré un bon diagnostic sur la société française, c’est que nos réponses sont insuffisantes, et puis, aussi, que la division est le pire des poisons.  

Ne nous bornons pas à résister, à protéger, à atténuer les dégâts, à conserver en quelque sorte. Construisons un socialisme radical, offensif et pragmatique.

Une autre politique est possible, vite !

L’enjeu de ce Congrès n’est pas de faire le programme de gouvernement de 2012. L'enjeu de ce Congrès, c’est d’abord que les socialistes soient capables de mener la bataille des idées et de convaincre, de persuader nos concitoyens qu’une autre politique est non seulement possible, mais qu'elle est indispensable.

Contre l’économie de la rente, la dégradation de la condition salariale et le mépris des ressources rares, les socialistes veulent une économie de l’innovation, du risque, mais aussi de la solidarité et du développement durable. Les trois piliers de la croissance que sont le social, l’écologique et l’économique se renforcent mutuellement dans un cercle vertueux. Nous voulons à la fois mieux produire les richesses et mieux les distribuer, mais nous voulons aussi définir autrement la richesse.  

C’est bien d’un nouveau modèle de réussite et d’excellence pour la France qu’il s’agit ici. Celui-ci doit s’accompagner d’une réforme en profondeur de la redistribution et des modes d’action de l’État : la justice fiscale, la conditionnalité des aides aux entreprises, la réforme de l’État providence, le dialogue social sont des instruments de la compétitivité.        

Notre ambition appelle deux exigences : un État providence moderne, qui prévient plutôt qu’il ne répare, capable d’accompagner les individus dans tous les moments de leur vie. Une révolution démocratique pour dépasser les paralysies de la société française, la reconstitution des oligarchies, l’incapacité où nous avons été de réduire les inégalités et de moderniser la France.  

C’est le projet de la VIè République, la République des citoyens, démocratique, sociale et laïque. Cette démocratie ne peut s’arrêter aux frontières de la France. Parce que les socialistes, héritiers des Lumières, sont aussi les citoyens du monde. La démocratie doit être l’instrument de la réorientation nécessaire de l’Europe et de la définition d’un nouvel internationalisme.

2 - Faire du socialisme une force neuve dans le siècle 

Une lucidité radicale

Faire la société plus humaine, c’est la tâche immense des socialistes et de la gauche. Le PS est au service de cet idéal. Et donc ne doit-il pas commencer par lui ressembler un peu ? Qu’est-ce qu’un parti s’il n’est pas déjà, au moins en partie, la métaphore de cette société meilleure à laquelle aspirent les hommes et les femmes qui le composent et pour l’édification de laquelle ils se sont rassemblés ? Qu’est-ce qu’un parti s’il n’est pas déjà bien meilleur que la société qu’il critique et contre laquelle il prétend lutter ? Qu’est-ce qu’un parti, et en quoi est-il exemplaire ce parti, s’il n’est pas plus enthousiaste, plus aventureux, plus audacieux, plus généreux, plus hospitalier aux idées et aux êtres, plus sincère, et, en son sein, plus fraternel que la société qu’il prétend transformer ? 

Il ne suffit pas de dire et de répéter à tout bout de champ que les citoyens doivent être respectés. Qui oserait ouvertement prétendre le contraire, même parmi ceux qui ne leur prêtent jamais une oreille et encore moins la parole ? Non, il ne suffit pas de dire cela, ni même de penser cela.  

Il faut exiger que les citoyens soient mis dans la confidence politique. Il faut qu’ils aient droit à tout moment à l’information pédagogique indispensable qui seule leur permettra de devenir les analystes compétents, non seulement de leurs propres situations – car de ce sujet, ils le sont déjà – mais aussi des situations nationales et internationales. Qu’ils soient capables de déchiffrer les différentes stratégies, d’en discerner les raisons obscures et inavouables et donc de les déjouer ou, au contraire, d’en apprécier le patient courage et donc de les soutenir.  

Or, quel meilleur outil pour accomplir cela qu’un parti, minutieusement, scrupuleusement, précis dans l’expression, et intellectuellement incorruptible dans la recherche de la vérité la plus complexe ou la plus désagréable à découvrir ? 

Notre mission première est de garantir à chacun, d’où qu’il vienne, l’émancipation individuelle d’un bout à l’autre de son existence. La vie ne serait qu’une loterie ? Pas pour nous ! Donnons à chacun le pouvoir d’avancer sur le chemin choisi, de rebondir si nécessaire, de participer plus directement aux décisions qui le concernent, de bâtir sa vie. Ce socialisme offensif, radical et pragmatique, procède d’un objectif fondamental : redonner du pouvoir aux citoyens, en leur garantissant l’égalité des possibles.  

Un grand parti porteur d’espoir

Nous devons faire du Parti socialiste le grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale dont la France a besoin. Un parti avec une équipe dirigeante et un leader qui incarnent une espérance, un souffle, une envie de se mettre en mouvement.

Le parti socialiste doit être fidèle à ses valeurs. C’est pour lui le meilleur chemin pour s’adapter. Fidèle à ses idéaux de construction il doit savoir assumer les tâches d’un parti de gouvernement et être l’agent actif des mobilisations sociales face à la droite. 

Il est l’outil indispensable, irremplaçable. Cultivé dans l’opposition, sous estimé au pouvoir, le PS doit être au centre des préoccupations de notre Congrès. Il ne doit pas être seulement l’instrument du pouvoir mais un outil permanent de la démocratie y compris et surtout lorsque l’on est au pouvoir. Il doit être un laboratoire social, un lieu de confrontations et de convergences des idées.  

Le PS est fort lorsqu’il ouvert aux autres, à la société, à ses alliés. Il ne peut pas prétendre détenir à lui seul la réponse aux grandes questions de la société et du monde. Sa force tient à sa capacité à s’ouvrir en permanence sur l’extérieur. Son objectif est de fournir une synthèse de propositions et de gouvernement à des questions aussi diverses que l’éducation, le réchauffement climatique, la mondialisation, la santé, le travail. 

Il doit être le lieu composite ou les hommes et les femmes, les jeunes et les anciens, les français de toutes les origines, de tous les talents et de tous les métiers, de toutes les singularités et de toutes les générosités se retrouvent. Il doit être un véritable reflet de la société française.  

Voilà pourquoi la parité hommes / femmes et la diversité des origines de sa composition humaine sont une exigence politique et éthique, et la condition de son attractivité et de son succès.

Pour cela, il doit être renforcé, modernisé, respecté. Il doit constamment associer les citoyens à ses réflexions.  

La démocratie participative valide le sérieux de notre enquête sociale. Elle conditionne le sérieux de nos propositions. Elle associe les citoyens qui seront demain les acteurs de nos programmes et les fait participer à leur destin. Elle contribue à abolir la frontière, bien souvent factice, entre les sachants et les obéissants. Elle confirme le socialisme et la démocratie dans leur rôle historique d’émancipation en restituant à chacun une part de pouvoir politique supplémentaire. 

Le niveau culturel de nos concitoyens, la qualité d’expertise dont chacun dispose sur sa situation propre l’exige. La pertinence de nos propositions le commande.  

Les consultations participatives seront organisées lors de réunions publiques ou de forums sur Internet. Afin d’associer le plus largement possible les militants aux décisions et orientations du parti, des consultations militantes référendaires seront organisées à l’initiative de la direction nationale ou d’un nombre déterminés de militants et de fédérations. 

Les élus trouveront dans ce processus un appui décisif dans la conduite de leur mandat. Nos congrès ne seront plus regardés comme un seul jeu de pouvoirs où des ambitions concurrentes s’affrontent, mais comme l’aboutissement d’un processus auquel chacun aura été sous une forme ou sous une autre, associé. Les choix de personnes seront alors légitimés. 

La démocratie participative est la meilleure alliée de la démocratie représentative. Elle est le meilleur des antidotes au populisme. 

Nos congrès et conventions doivent pouvoir emprunter le même processus. Nous devons, là encore, inventer une nouvelle forme de lien entre le parti et la société. Celle-ci existe à travers des organismes vivants. Il faut leur donner la parole et s’obliger à leur répondre. Ainsi dans la phase de préparation de nos conventions et de nos congrès, un droit d’interpellation et d’amendement sera donné aux associations, syndicats et groupements. Leurs questions seront enregistrées et prises en compte par nos instances statutaires. Il devra leur être répondu et les réponses devront être motivées. 

Ce droit de la société de participer à notre vie interne est d’autant plus essentielle dans les phases où le parti en charge de responsabilités gouvernementales est souvent invité à confondre soutien et mutisme, solidarité et allégeance. La société ne connaît pas ce dilemme. Voilà pourquoi son expression est indispensable. 

De nouvelles formes de militantisme

Les adhérents sont la force du PS. Ils doivent être nombreux et respectés. Le montant de la cotisation ne doit pas être un obstacle à leur adhésion. L’activité des sections doit tenir compte de la diversité des rythmes de vie, des modes d’insertion et de travail des adhérents. 

Les sections et fédérations du parti doivent offrir aux adhérents des espaces de débat politiques, des opportunités de mobilisation sociale, des outils de culture politique. 

Les espaces de débat politique doivent pouvoir faire intervenir des organismes associés et des acteurs sociaux dans les débats de section et fédéraux. Une section est par définition un lieu ouvert, un agora dans la cité. 

Le parti doit offrir des opportunités d’engagement aux militants au-delà des campagnes d’information ou électorales en liaison avec des associations humanitaires (restaurants coopératifs, boutiques de solidarité, réseaux d’aide aux sans logis, observatoire d’alerte environnementale, universités populaires, ateliers artistiques, permanences juridiques, réseaux d’assistance aux personnes âgées, clubs sportifs) . 

Il doit redonner vigueur et importance à la formation et à la culture politique. Dans chaque département, ou au moins chaque région, une Université socialiste de la connaissance sera mise sur pied. Elle sera ouverte aux militants et sympathisants. Elle fonctionnera selon les méthodes de l’éducation populaire et donnera une formation exigeante sur toutes les grandes questions politiques nécessitant un savoir transversal. La Fondation Jean Jaurès et les groupes de réflexion amis seront mis à contribution pour ce travail. La production intellectuelle sera ainsi mise au cœur de la vie du parti.  

Le respect des militants

Les décisions du parti devront être respectées. Être membre des instances du PS, ne donne pas que des droits, mais donne aussi des devoirs vis-à-vis du parti et de ses adhérents. Nul n'est interdit de s'exprimer tant qu'un vote n'est pas intervenu, mais dès lors qu'il y a eu débat et vote, il faut en être solidaire. Si ce n'est pas le cas, la démission de ses responsabilités dans ces instances doit devenir la règle.

De même, quand un élu socialiste s'engage dans une campagne électorale contre la position décidée, débattue et validée par les adhérents, alors la question du retrait de son investiture doit être posée. Ce que les militants donnent par un vote – une investiture, ils doivent pouvoir le reprendre dès lors que leur vote n'est pas respecté. 

Si la parole est libre, toute critique blessante ou méprisante, contraire à l’honneur et à la considération dont doit bénéficier chacun (que ce soit à l’égard du parti ou de membres du parti) donnera lieu à une procédure de suspension des instances du parti. La direction en prendra l’initiative. La République du respect commence ici, chez nous et maintenant.  

Les Français, nos électeurs, ne supportent plus la désinvolture avec laquelle les décisions du parti sont parfois niées voire entravées, a fortiori lorsqu’elles ont été prises à la suite d’un processus éminemment démocratique. Cette attitude porte directement atteinte à notre crédit moral dans l’opinion quant à notre capacité à gouverner.

Fédérer la gauche et attirer les démocrates 

Il est parfaitement légitime que le congrès du PS débatte de sa stratégie d'alliances. C'est même l’une de ses fonctions les plus naturelles afin d’anticiper la question et être au clair. Ce que nous n'avons pas fait dans les années 2004/2007, compte tenu de la division des socialistes.  

Les alliances, c'est une question importante, bien qu'elle ne soit pas première : elle découle en effet du projet du PS, de sa force idéologique, politique, électorale. C'est aussi une question que l'on doit aborder avec franchise, en regardant les réalités en face, en évitant par exemple le double langage des alliances locales les plus diverses, combinées à un discours très fermé voire sectaire au plan national. Quels sont les principes que nous proposons ?

Premier principe : nous voulons, comme tous les socialistes, un parti socialiste puissant, plus puissant qu'aujourd'hui, La moyenne électorale du PS, ces 15 dernières années se situe entre 20 et 25 % des suffrages exprimés, sauf exception. Nous pensons que le Parti socialiste peut et doit faire mieux en se fixant comme objectif ambitieux de dépasser les 30 %, comme François Mitterrand nous en a montré la possibilité en 1986 et 1988.

Cela dépend de nous, de notre capacité à nous rassembler, à devenir le parti de toute la société française pour porter un discours clair et crédible. Cette puissance est le meilleur moyen d'aborder la question des alliances en position de force. Et tel est bien le sens de ce que nous proposons dans cette contribution, tant sur le fonctionnement du parti que sur le discours de fond que nous devons porter. La réflexion sur de nouvelles alliances se réfléchit en dynamique !

Deuxième principe : nous conserverons bien sûr la stratégie d’alliance née à Epinay. Elle consiste d’abord à rassembler la gauche, toute la gauche. C’est à partir de cette stratégie que nous ferons appel, lors des élections, à ceux qui se reconnaîtront dans notre projet et dans ce rassemblement de la gauche ouvert à tous ceux qui veulent offrir à la France des perspectives nouvelles. 

Ce faisant nous saurons éviter l’opposition frontale d’une gauche dite antilibérale et d’une autre gauche qui risquerait d’apparaître comme une gauche sociale-libérale. Cela ouvrirait un boulevard à la gauche de la gauche. Ce n’est pas à nous de fermer la porte à quiconque.

C’est à l’extrême gauche de se positionner sur des questions que nous devons poser sans craintes : « Est-ce que vous voulez battre la droite ? Comment fait-on pour changer la vie des Français ? ». Mais nous savons aussi que la seule union de la gauche ne permettrait pas vaincre la droite, c’est pourquoi nous en appellerons à tous ceux qui se reconnaîtront dans notre conception de la République et de la démocratie.

3 - Mettre l’économie au service de l’humain

Rééquilibrer le rapport de force entre le capital et le travail

Il y a une crise du travail en France. Par rapport aux autres pays européens, les salariés français sont moins satisfaits de leur situation, ils sont plus pessimistes sur leurs perspectives de carrière, leur stress est le plus élevé. Travailler mieux est nécessaire. Un dialogue social efficace, capable de prévenir ou de faciliter les conflits au travail sera bénéfique aussi bien aux salariés qu’à la performance des entreprises.

Deux évolutions sont nécessaires : d’abord des syndicats plus représentatifs, plus présents dans les entreprises et disposant d’un nombre plus élevé de membres (le taux de syndicalisation n’est que de 3,5 % dans les entreprises de moins de 50 salariés et de 8,7 % dans celles de 500 et plus). Ensuite donner toute sa place à la négociation collective, dans le cadre fixé par la loi.  

Nous proposons de :  

- Respecter le rôle des partenaires sociaux, ce que l’actuel gouvernement s’est montré incapable de faire sur la question des 35 heures. Lorsqu’il demandera aux partenaires sociaux de négocier un texte, le gouvernement devra s’engager à présenter au Parlement un projet de loi reprenant les termes de l’accord, pour peu qu’il soit signé par une majorité de partenaires sociaux. Le Parlement aura évidemment toute latitude pour modifier le texte par voie d’amendement.

- Réformer la composition des conseils d’administration des entreprises et prévoir une représentation des salariés à hauteur de 30%.

- Développer un syndicalisme rendant davantage de services aux adhérents (accueil et conseil aux nouveaux salariés, assistance juridique à toutes les étapes du contrat de travail). 

- Mettre en place un chèque syndical (prise en charge de tout ou partie de l’adhésion par l’État) et inciter les syndicats à lancer, grâce à cette mesure, une campagne d’adhésion.  

Agir vraiment contre la vie chère 

La vie chère est la première responsable de la dégradation du niveau de vie des Français. Elle est d’abord liée à l’augmentation sans cesse plus forte des prix sur les produits de consommation courante (parfois de 20 à 40 %) et sur les produits pétroliers.

Il y a ensuite les dépenses dues aux multiples contrats que les ménages doivent aujourd’hui gérer (loyer et charges, téléphone, assurances et services bancaires, remboursement des emprunts immobiliers) : elles représentent 51 % des dépenses de consommation. Nous savons tous que les abus sont nombreux et que les consommateurs sont aujourd’hui désarmés. Ils ne peuvent pas participer directement à la régulation des ententes entre grandes entreprises et ne parviennent pas à être dédommagés des préjudices que chaque jour ils subissent.

Il y a enfin la grande question du logement. Les loyers et les charges pèsent de plus en plus lourd sur le budget des locataires modestes, notamment ceux qui sont aujourd’hui dans le parc privé et ne peuvent accéder au logement social, faute de places disponibles. En vingt ans, les loyers ont augmenté de 90 % alors que les revenus ne progressaient que de 30 %.  

Pour répondre à l’urgence, nous proposons de :              

- Créer une action de groupe à la française, qui permettra à un grand nombre de justiciables ayant subi le même préjudice de se regrouper pour attaquer les entreprises pratiquant des tarifs abusifs. Ce sera le moyen pour les justiciables victimes d’infractions de masse d’obtenir réparation et, par conséquent, d’influer efficacement sur le comportement des entreprises ou de l’État. 

- Réformer l’indice des prix de l’INSEE, promesse que la droite n’a pas tenue jusqu’ici. L’indice en vigueur est déconnecté de la réalité des achats de tous les jours. Ainsi la baisse du coût d'achat des appareils électroménagers ou électroniques est répercutée tous les ans sur l'indice alors que leur achat n'est pas fréquent. Un indice complémentaire devra être élaboré, à partir d’un budget familial distinguant dépenses incompressibles et revenu disponible, et intégrant des dépenses aujourd’hui exclues de l’indice de l’INSEE (dépenses de transport, frais bancaires, téléphone portable par exemple). 

- Redéployer une partie du paquet fiscal pour baisser la TVA sur les produits de première nécessité et pour augmenter la prime pour l’emploi. 

- Agir sur le logement en créant un nouveau conventionnement locatif, applicable à l’ensemble du parc de logements privés et permettant de mettre sur le marché 300 000 logements à loyer maîtrisé en cinq ans. Les logements conventionnés sont destinés à répondre à la demande de logement des ménages modestes. En contrepartie de leur engagement, les bailleurs bénéficieront d’un crédit d’impôt proportionnel au prix d’achat du bien immobilier et d’une garantie contre les risques locatifs. 

- Convertir la rente pétrolière et nucléaire en « chèque énergie » pour les Français (voir le chapitre « Bien vivre dans l’après-pétrole », p.25.). 

Faire enfin la révolution fiscale

Notre fiscalité est criblée d’injustices. Les contribuables aisés s’offrent les services de conseillers pour payer moins d’impôts. Grâce aux 500 niches fiscales, qui représentent un coût de 73 milliards d’euros par an, certains parviennent même à ne plus payer d’impôt du tout. À l’inverse, les contribuables modestes, même s’ils ne paient pas d’impôt sur le revenu, consacrent plusieurs mois de salaire à la CSG, à la TVA, aux impôts locaux, à la redevance et aux diverses taxes sur la consommation. Les impôts indirects (notamment TVA et TIPP) représentent moins de 10 % du revenu d’un cadre, mais près du tiers de celui d’un chômeur en fin de droits. Leur part est supérieure en France à celle de la plupart des pays développés. Personne ne le dit ! Il faut rétablir la vérité : avec le bouclier fiscal de la droite, seuls les contribuables les plus aisés ont droit de connaître le montant global de leurs impôts. 

À l’instar de ce qui est déjà fait dans plusieurs pays européens, nous proposons de :

- Rétablir la vérité fiscale pour l’ensemble des contribuables alors qu’elle est aujourd’hui réservée à une minorité aisée. L’État doit dire à chaque Français combien il paie d’impôts chaque année. Pour notre part, nous nous engageons à dire la vérité aux Français en publiant un rapport chiffré chaque année par des experts indépendants.

- Révolutionner la fiscalité, en commençant par les impôts directs. L’impôt sur le revenu et la CSG seront fusionnés en un seul impôt progressif. Cette révolution se fera à prélèvement constant. Une part fixe de l’impôt constituera un socle obligatoirement affecté à la sécurité sociale.

- Donner à cet impôt citoyen une règle d’équité et de transparence : à revenu égal, impôt égal. Il sera prélevé à la source pour simplifier la vie des contribuables, avec un barème exprimé en taux effectifs directement applicables au revenu, afin que chacun puisse comprendre le plus simplement possible qui paie quoi. Le prélèvement à la source permettra également que la prime pour l’emploi ne soit plus versée avec retard. 

- Calculer cet impôt au niveau de l’individu et non du couple, pour ne pas pénaliser l’activité des femmes. Les enfants à charge des contribuables seront pris en compte grâce à un crédit d’impôt, identique pour chaque enfant. 

- Rendre notre fiscalité plus juste et plus progressive en supprimant l’essentiel des niches fiscales (73 milliards d’euros), dont celles créées par le paquet fiscal. Pour ne pas augmenter les prélèvements, les économies réalisées seront consacrées à une baisse des taux d’imposition pour tous les Français. 

- Rééquilibrer les prélèvements entre travail et capital en faisant peser les cotisations patronales, maladie et famille sur l’ensemble des richesses produites et non sur les seuls salaires. De cette façon, les entreprises qui augmentent des salaires et créent des emplois paieront moins de charges.

Oui à l’innovation des PME, non à la rente du CAC

La finance est devenue une menace pour l’économie dans son ensemble. Les risques de catastrophe financière se sont multipliés et menacent tous ceux qui, sans y être pour rien, sont contraints d’en payer le prix. 

Les comportements prédateurs se sont développés et annoncent de nouvelles crises. Certains fonds privés se sur-endettent pour racheter des PME qu’ils « pressurent » et fragilisent avant de les revendre. Le jour où ces fonds ne seront plus en mesure de rembourser ou de faire rembourser leurs prêts, une nouvelle crise financière éclatera. Il est temps d’agir. 

Aujourd’hui, les PME se heurtent à tous les verrous. Elles n’accèdent pas aux marchés financiers et sont éconduites par des banques qui ne veulent prendre aucun risque. Les aides à l’innovation sont concentrées de fait sur les grandes entreprises (80 % des aides à l’innovation bénéficient aux entreprises de plus de 1000 salariés, qui ne représentent que 35 % de la recherche et développement). En plus d’être multiples et illisibles, ces aides publiques ne sont attribuées qu’à 9 % aux PME.

La puissance publique doit repenser son intervention vis-à-vis des entreprises : en mettant fin à ses pratiques bureaucratiques, en étant aux côtés des entrepreneurs, en les encourageant lorsqu’ils investissent pour préparer l’avenir.

Nous proposons de :

- Créer une banque publique autour de la Caisse des dépôts et consignations pour accompagner le développement des PME ; soutenir parallèlement l’économie sociale et solidaire et favoriser en particulier les reprises d’entreprises en Sociétés coopératives ouvrières de production (SCOP). Avec trois milliards d’euros de chiffre d’affaires, cette économie réconcilie l’économie de marché avec les principes de solidarité et les règles de la démocratie. C’est un secteur à développer.

- Redéployer les aides vers les PME et les cibler sur une priorité : l’accompagnement dans leurs efforts de création, de renouvellement et d’investissement. L’octroi d’une aide publique doit être notamment subordonné à la prise de risque, à la création d’emplois et à l’investissement.

- Sécuriser les entreprises en mettant fin à l’instabilité fiscale et sociale qui existe aujourd’hui. Les lois applicables changent tout le temps : pas moins de trois modifications du régime des heures supplémentaires en quatre ans par exemple. Les entrepreneurs ne savent pas à quoi s’attendre et cela compromet notre compétitivité. L’État doit s’engager à ne pas changer de règles du jeu, notamment en matière de rétroactivité de la loi fiscale.

- Mettre des conditions à l’accompagnement. Il faut poser en principe le caractère récupérable des aides publiques lorsque, finalement, les entreprises licencient ou délocalisent. L’État ne peut plus se permettre de générer des effets d’aubaine ou de renoncer à exiger des comptes de la part des bénéficiaires des aides qu’il distribue. 

- Redonner sa place au politique en imposant de nouvelle règles du jeu à la finance. Interdire aux fonds spéculatifs d’engager plus d’argent que ne le permettent leurs réserves ; confier le contrôle de la finance à la Banque centrale européenne ; lutter contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent sale par une politique plus répressive ; transformer le Fonds monétaire international en banque internationale, pour prêter aux banques centrales en cas de crise financière.

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Source : Désirs d'avenir

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