Désirs d'avenir 86000 - Arnaud Fage

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Interview de Ségolène Royal dans le Parisien


"Le Sarkozysme, c'est le régime du mépris généralisé"

Ségolène Royal vient de signer avec le sociologue Alain Touraine un livre chez Grasset : « Si la gauche veut des idées ». Elle l'a dédicacé hier chez elle, à Saintes (Charente-Maritime). L'ex-candidate à l'élection présidentielle - aujourd'hui candidate au poste de premier secrétaire du PS - suit son chemin sans s'occuper de ceux qui, même à gauche, la décrivent comme de plus en plus isolée.

Elle se veut sans concessions envers l'actuelle majorité, et surtout Nicolas Sarkozy. Son souhait : que la révision constitutionnelle - qui sera soumise demain à Versailles aux députés et sénateurs réunis en Congrès - échoue. Selon elle, c'est un texte « médiocre ». La tentative de proposer in extremis à la gauche et au centre une dose de proportionnelle pour les futures législatives ? « Un os à ronger », réplique-t-elle, cinglante. Une censure systématique ? « Je ne fais que mon devoir d'opposante. »

Malgré les ultimes concessions du gouvernement, pensez-vous que le PS doit, demain à Versailles, dire non à la révision constitutionnelle ?

Ségolène Royal. Pour que la France se réforme, il faut un Parlement plus représentatif de la société française, et surtout un Parlement - Assemblée nationale et Sénat - où chacun se consacrerait à plein-temps à sa tâche. Le mandat unique s'impose donc, et il n'en est malheureusement pas question dans le texte.

Par ailleurs, il y manque tant de choses !... Où sont les garanties et les moyens d'indépendance de la presse ? Aujourd'hui, que constate-t-on en effet ? Une mainmise des groupes financiers proches du pouvoir sur les principaux médias, et la tentative de mise sous tutelle du service public de l'audiovisuel. Il manque aussi ces deux autres piliers que sont la démocratie sociale - on a vu récemment la façon humiliante dont Nicolas Sarkozy traite les syndicats - et la démocratie territoriale, avec une nouvelle étape de décentralisation qui permettrait à l'Etat d'être plus efficace. Il ne serait donc pas moral de donner quitus à un gouvernement qui, tous les jours, donne de mauvais exemples de gestion des affaires publiques.

Et si on proposait in extremis au PS et au MoDem une petite dose de proportionnelle pour les législatives ?

Il s'agit de mieux faire fonctionner la République, et il y aurait des bouts d'amendement lâchés comme un os à ronger à la gauche et au centre au dernier moment par le président de la République. Ces méthodes ne sont pas sérieuses.

Si la révision échoue demain à Versailles, pourra-t-on parler d'une victoire du PS ?

Non. On pourra simplement parler d'un échec du pouvoir en place qui a cru pouvoir acheter des parlementaires ou faire pression sur eux pour faire adopter un texte médiocre.

Nicolas Sarkozy ironise beaucoup sur vous : « Celle-là, si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer. Elle est vraiment trop. »

Il a dû faire un lapsus. Il a dû penser : « Elle est vraiment top. Si elle n'existait pas, elle manquerait beaucoup. » (éclats de rire) A ce niveau d'agressivité de la droite, je fais le choix de l'humour !

Que savez-vous des enquêtes menées après les cambriolages dont vous avez été victime ?

Il n'y a pas eu de cambriolages mais, pour la seconde fois, une mise à sac de mon domicile et six vols d'ordinateurs dans mon entourage proche. Je suis très étonnée que l'Elysée ait diffusé à la presse de fausses informations. Le procureur doit rester le seul habilité à communiquer. Mon avocat est en contact avec la direction de la PJ, et je tiens à remercier la police de son travail minutieux et attentif.

On laisse entendre que votre appartement ne serait pas fermé comme il devrait l'être...

Je suis une mère de famille, je vis avec mes enfants. Comme tout un chacun, j'aspire à leur sécurité. Maintenant, les intrusions, ça suffit.

Le Premier ministre souffre d'une sciatique, et Nicolas Sarkozy a laissé entendre par ailleurs qu'il serait remplacé en 2009...

C'est un manque de respect et une incroyable désinvolture de la part du chef de l'Etat vis-à-vis de son Premier ministre. Tout le monde, il est vrai, est malmené. La justice n'est pas respectée, le Parlement non plus. Les syndicats sont piétinés, les services publics négligés. Les agriculteurs et les pêcheurs ont été insultés. Et les forces armées - contraintes de défiler le 14 Juillet devant Bachar el-Assad sans aucune excuse de sa part pour les soldats massacrés au Drakkar - ont été bafouées. C'est le régime du mépris généralisé, qui produit une déchirure institutionnelle, sociale et humaine.

Que vous inspire l'état du PS ?

Le PS est la seule organisation politique qui prépare son congrès de façon aussi sérieuse même si, sans doute, les Français trouvent tout cela long et compliqué. Pour ma part, avec tous ceux qui ont travaillé avec moi, nous faisons des propositions très concrètes sur la réforme des retraites, la révolution fiscale, la réforme énergétique, etc. Notre contribution - qui a déjà reçu sur notre site plus de 6 000 signatures - s'engage très clairement sur le mandat unique des parlementaires. Et nous nous prononçons sur les stratégies d'alliance : il faudra, le moment venu, non seulement rassembler toute la gauche, mais attirer à nous tous les démocrates et aussi toutes celles et ceux qui veulent que la France retrouve une espérance. Nous faisons aussi le décryptage de la vraie nature du sarkozysme, avec ses amis du club du Fouquet's, ces milliardaires qui ont reçu des chèques de remboursement d'impôts pendant que la majorité des Français est aujourd'hui en difficulté et que de plus en plus de catégories sociales, qui se croyaient à l'abri, sont fragilisées. Le PS, pour être moderne, doit répondre sans tabous aux défis d'aujourd'hui. Dans le livre que je viens de publier - avec Alain Touraine -, nous nous sommes tous deux longuement arrêtés sur les questions économiques. Par exemple, le pouvoir doit cesser de camoufler son impuissance en imputant tout à la mondialisation. Il y a un autre modèle économique possible, et d'autres choix sociaux sécurisants.

L'accord dont bénéficie Bernard Tapie, dans l'interminable feuilleton du Crédit lyonnais, vous heurte-t-il ?

Le pouvoir doit s'expliquer. Tapie a-t-il bénéficié d'arrangements personnels hors normes ? Si oui, pour quelles raisons ? Pour contourner la justice de droit commun au profit d'une procédure d'arbitrage, il a fallu l'accord du gouvernement. Je note que François Bayrou - qui connaît bien Jean Peyrelevade, ancien patron du Crédit lyonnais - demande, lui aussi, une commission d'enquête.

Etes-vous inquiète de ce qui s'est passé sur le site nucléaire du Tricastin ?

La filière nucléaire est, par définition, une filière à risques. Mais ils doivent être maîtrisés, contrôlés et transparents. En tout cas, cela prouve qu'il faut impérativement garder le secteur de l'énergie et la filière nucléaire sous le contrôle de l'Etat. Parce que la sécurité nucléaire - qui impose des investissements à long terme - doit relever de la puissance publique, et pas de la loi du profit à court terme. De ce point de vue, la fusion Gaz de France-Suez, soi-disant faite pour concurrencer EDF et faire baisser les prix, ce qui est un leurre, m'inquiète.

Vous qui êtes un censeur de l'action du président de la République, et qui critiquez tant son action...

Attendez !... Quand la gauche ne réagit pas, les gens disent : mais où est-elle ? Quand je remplis mon rôle d'opposant en disant des choses justes et sans concessions de forme, je ne fais que mon devoir. Nombreux sont les Français qui m'encouragent dans cette voie car ils veulent que Nicolas Sarkozy arrête les dégâts. En plus, je ne fais pas que combattre : je propose.

Vous en avez déconcerté plus d'un au moment de la libération d'Ingrid Betancourt. Nicolas Sarkozy, avez-vous dit, n'y est pour rien. Et c'est tout...

Est-ce faux ?

Ingrid Betancourt a remercié le président...

Répondez-moi. Les propos que j'ai tenus sont-ils faux, excessifs ?

Vous ne regrettez donc pas vos propos ?

Si le responsable politique qui dit la vérité subit un lynchage médiatique parce qu'il a exprimé en termes simples et directs la vérité des faits, c'est curieux. Je ne dépends d'aucun groupe financier. Je n'ai personne à placer. Je n'ai jamais rien fait de malhonnête dans ma vie. Donc, personne ne peut exercer sur moi un quelconque chantage : je continuerai à dire la vérité comme je la vois et comme les très nombreux Français que je rencontre me la disent avec une profonde exaspération et un besoin d'espoir auquel je veux répondre.

Source : Désirs d'avenir

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jeeb 24/07/2008 00:01

Je ne comprends pas pourquoi l'on peut se prononcer sur des plans purement émotionnels sur des sujets annexes. Je suis un ancien du 1°RCP et même si je n'ai pas vécu le drakkar, je confirme que cela reste une histoire forte du régiment. Cependant, le 1° RCP est un régiment de parachutistes, de professionnels, et personne ne s'arrête à ce genre de considérations. Sur ce fait, pouvez vous s'il vous plait justifier de l'acceptation de george soros sur le territoire Français ??? je me pose aussi ce genre de question  depuis une dizaine d'annee. Si cela releve de la raison d'etat sous mitterrand, comment cela ne pourrait-il pas l'etre sous sarkozy ???