Désirs d'avenir 86000 - Arnaud Fage

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Chères amies, Chers amis,


La réforme des institutions a été adoptée hier par le Congrès réuni à Versailles.

Ce n’est pas la victoire de la démocratie, c’est le renforcement du pouvoir monocratique de Nicolas Sarkozy, à coups de pressions indignes sur plusieurs députés.

C’est Robert Badinter, l’ancien président du Conseil constitutionnel, qui a le mieux exposé les raisons de ne pas voter ce texte et souligné l’occasion perdue de mettre fin à la « monocratie » qui caractérise aujourd’hui notre régime (Vous pourrez lire son texte ci-dessous.)

Où sont les garanties et les moyens d'indépendance de la presse ? Aujourd'hui, on constate la mainmise des groupes financiers proches du pouvoir sur les principaux médias, et la tentative de mise sous tutelle du service public de l'audiovisuel. Où est le mandat unique qui permettrait au Parlement d’être plus représentatif de la société française ? Il manque aussi ces deux autres piliers que sont la démocratie sociale - on a vu récemment la façon humiliante dont Nicolas Sarkozy traite les syndicats - et la démocratie territoriale, avec une nouvelle étape de décentralisation qui permettrait à l'État d'être plus efficace.

Certains reprochent à la gauche d’être dans une « opposition pavlovienne ». Mais c’est la droite qui conduit une politique dure, dogmatique, brutale et cela, de façon systématique ! C’est le régime du mépris généralisé, comme je le disais dans une interview au Parisien.

Alors non, il n’était pas moral de donner quitus à un gouvernement qui, tous les jours, donne de mauvais exemples de gestion des affaires publiques. Un seul socialiste a voté en faveur de la réforme. Comme par hasard, celui-là même qui m’a violemment attaquée quand je me contentais de dire la vérité sur Nicolas Sarkozy. Saura-t-on le prix payé pour ce vote ? Quelle dépendance et pourquoi ? Les démocrates, eux, en supporteront le coût. Bravo, en tous cas, aux élus radicaux qui ont résisté à la pression.

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Question plus importante : qui, pendant ce temps-là, se soucie de la vie quotidienne des Français, sur laquelle cette réforme institutionnelle n’aura aucun effet ? Cet été, ils vont passer moins de temps en vacances que l’an dernier et sont déjà préoccupés par les factures de la rentrée.

À ce sujet, je retiens deux faits marquants dans l’actualité. L’insee nous apprend que le nombre de Français pauvres a encore augmenté. Ce sont aujourd’hui 7,9 millions de personnes qui gagnent moins de 880 euros par mois. Presque 14 % de la population. C’est énorme et inquiétant.

À l’autre bout de la chaîne, les plus riches voient leurs revenus augmenter sans arrêt. Le nombre d’assujettis à l’impôt sur la fortune est maintenant de 548 000 foyers. Mais, comble du comble, les recettes que l’impôt sur la fortune apporte à l’État ont baissé de presque 6 % par rapport à l’an dernier. Les avantages fiscaux accordés par la droite aux plus riches portent leurs fruits. Au détriment de tous les autres…

Pour toutes ces raisons, et d’autres encore, ne baissons pas les bras pour combattre ce système politique.

À bientôt,


Ségolène Royal

Source : Désirs d'avenir

Robert Badinter et la révision constitutionnelle

C’est l’ancien Président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter qui a, selon nous, le mieux exprimé l’inutilité de la révision constitutionnelle adoptée hier par le Congrès. Il juge qu’elle est une occasion perdue de transformer réellement notre République et de mettre fin à la « monocratie » qui caractérise aujourd’hui notre régime. Nous vous proposons ici de lire son texte publié dans l’édition du Monde du 20 juillet 2008.

« Non à l'hyperprésidence »

« Certains se demandent si, en refusant de voter la révision constitutionnelle, les socialistes ne sont pas en train de passer à côté d'une opportunité : rééquilibrer les institutions. La réponse est non. Cette révision est une occasion perdue, non pour les socialistes, mais pour la République. Nos institutions souffrent d'un mal profond : l'hyperpuissance du président. Il est le véritable chef du gouvernement, pour ne pas dire le gouvernement à lui seul, dans la pratique actuelle de l'Elysée. Et, depuis le quinquennat et la succession des élections présidentielle et législatives, il est le chef réel de la majorité présidentielle à l'Assemblée. La séparation des pouvoirs n'est plus qu'apparence. De surcroît, ce pouvoir sans pareil n'est assorti d'aucune responsabilité. J'appelle ce régime la monocratie : le pouvoir d'un seul dans la République.

Or le projet de révision ne réduit pas les pouvoirs du président. Il les accroît en lui permettant de s'adresser directement aux parlementaires réunis en Congrès. Le président présentera un bilan flatteur de son action et fera acclamer par sa majorité son programme de gouvernement. Le premier ministre comme chef de la majorité parlementaire disparaît. Le renforcement des prérogatives du Parlement, premier objectif de la révision selon le président, est un leurre en termes de pouvoir réel. Tant que le président sera le chef incontesté de la majorité à l'Assemblée, le Palais-Bourbon demeurera une annexe du palais de l'Elysée. "Cy veut le Roi, cy fait la loi", l'axiome de l'Ancien Régime demeure la règle sous la Ve République.

Quant aux pouvoirs de nomination du président aux grandes fonctions (Conseil constitutionnel, CSA, etc.), on annonce "un changement considérable" : le choix du président pourra être refusé par un vote des trois cinquièmes des membres d'une commission parlementaire. Mais un tel vote requiert le concours de la majorité présidentielle, qui ne sera jamais donné contre la volonté du président. Si on voulait rendre ces nominations consensuelles, il faudrait une majorité positive des trois cinquièmes nécessitant l'accord de l'opposition. On est loin du compte.

D'autres font valoir que la réforme accorde à l'opposition parlementaire des droits nouveaux. Mais il faut regarder la portée des textes et non pas seulement l'étiquette. On nous dit : le Parlement aura la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour, "un progrès immense". Mais qu'en est-il pour l'opposition ? Le projet lui réserve un jour pour trois semaines, à partager avec les centristes. Belle avancée démocratique !

Autre exemple. Le président annonce que la présidence d'une commission parlementaire sur huit sera réservée à l'opposition. Pourquoi pas trois ? Nous ne demandons pas des pourboires, mais un rééquilibrage.

Enfin, la révision proposée consolide le mode d'élection archaïque des sénateurs, qui assure à la droite une majorité pérenne au Sénat. Cette situation est un défi à la démocratie. Le comité Balladur avait ouvert la voie à un changement possible. La droite sénatoriale a tout refusé à ce sujet. Elle entend demeurer maîtresse du Sénat et, par là, de toute révision constitutionnelle proposée par la gauche. Lors de la prochaine alternance, la gauche devra donc présenter un projet de révision constitutionnelle, soumis directement au pays par voie de référendum. Il devra inclure la reconnaissance du droit de vote aux élections municipales des immigrés régulièrement établis en France. Cette réforme-là, si importante pour l'intégration, est ignorée par l'actuelle révision.

Dans ces conditions, libre à qui le veut de danser un pas de deux constitutionnel avec le président de la République. Ce n'est pas notre choix. »

Robert Badinter, sénateur, ancien président du Conseil constitutionnel

Source : Désirs d'avenir

Une démocratie participative à la sauce américaine

Depuis hier, les démocrates américains, sous la houlette de leur candidat Barack Obama, se sont lancés dans une grande opération qu’ils appellent « Listening to America » (À l’écoute de l’Amérique).

Pour construire le programme des quatre prochaines années (et qui servira de socle à Barack Obama dans sa campagne présidentielle contre John McCain), ils font appel aux Américains et leur demandent « d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire du parti démocrate ».

C’est la première fois qu’une consultation de ce type est organisée outre-Atlantique.

Voilà ce qu’annonce le site internet d’Obama :
«
Every four years, the Democratic Party assembles a platform that outlines the party's position on a variety of issues. Traditionally, the platform is written by paid professionals and then presented to the American people.
This year, that's going to change.
From Saturday, July 19th to Sunday, July 27th, everyday people all across America will hold Platform Meetings in their homes, or in their local churches and even coffee shops, to help build the Democratic Party's platform for change from the bottom up.
Attend a Platform Meeting and tell us what matters to you, so we can incorporate your ideas into the party's platform.
» *

Pour vous aider à traduire le texte (voir traduction complète ci-dessous), nous vous proposons quelques mots de vocabulaire :

Platform meetings : « débats participatifs »
Party’s platform : « pacte présidentiel »
Incorporate your ideas into the party’s platform : « cahiers d’espérance ».

Tout cela semble familier ? Vous avez déjà entendu ces termes, ici, en France ? Peut-être en 2007 pendant la campagne présidentielle ?

Oui, la démarche de Barack Obama nous rappelle, à nous, la « démocratie participative » que Ségolène Royal a défendue – et qu’elle défend toujours. Décriée par nos adversaires et encore méprisée par certains dirigeants politiques de l’Hexagone, cette nouvelle forme de gouvernement est pourtant de plus en plus à l’ordre du jour des grandes démocraties occidentales.

Depuis le début de sa campagne, Barack Obama tente de redonner aux citoyens une voix que leurs dirigeants ne peuvent (ou ne veulent ?) plus entendre. Ce faisant, il élabore un programme politique qui sera d’autant plus efficace que tous auront contribué à le construire.

Notons qu’aux États-Unis, personne ne raille cette méthode novatrice…

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* Traduction :

« Tous les quatre ans, le parti démocrate élabore un programme politique qui présente les positions du parti sur les enjeux actuels. La tradition veut que ce programme soit écrit par des professionnels, puis présentée au peuple américain.
Cette année, tout cela va changer.
Du samedi 19 juillet au dimanche 27 juillet, les Américains, aux quatre coins du pays, pourront tenir des « débats participatifs » chez eux, dans leurs lieux de culte ou même dans les cafés, pour participer ensemble à l’élaboration du programme démocrate du changement.
Prenez part à un « débat participatif » et dites-nous ce qui compte pour vous, pour que nous puissions intégrer vos idées dans le programme politique du parti. »

Source : Désirs d'avenir

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réré 26/07/2008 11:24

Lang nous a trahi nous militant et sympathisants de gauche de la sixième circonscription du Pas de Calais. Il a été reçu l'on s'en souvient au lendemain de l'élection de Sarkosy à lElysée, il avait juré qu'on ne lui avait pas proposé de ministère c'est vrai Sarkosy lui avait probablement proposé la vice présidence de la commision sur la rénovation des institutions. Si nous avions su avant les Députations ce que lui avait proposé Sarkosy jamais nous ne l'aurions suivi, (mais son suppléant) (Et dire que j'ai tracté pour ce traitre !!!)