Désirs d'avenir 86000 - Arnaud Fage

Publié le

"Une année ratée"


Ségolène Royal sur France 2

Ségolène Royal était l'invitée de Catherine Laborde vendredi sur France 2.

Voir sur le lien ci-dessous

http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=sinformer_actualites&actu=2234

Ségolène sur France Inter : Nicolas Sarkozy a donné une "feuille de déroute" à son gouvernement

Ségolène Royal a estimé vendredi sur France Inter que Nicolas Sarkozy avait donné, lors de son interview télévisée de la veille, une "feuille de déroute" à son gouvernement.

Nicolas sarkozy a cumulé les
"aberrations", "les improvisations", les "contre-vérités". Sur la laïcité "en confirmant que les clercs et les prêtres donnaient du sens à la vie", le président a dit "des monstruosités".

Nicolas Sarkozy a aussi fait preuve de
"malhonnêteté" en imputant les difficultés de la France "à des chocs extérieurs".

"Il est en train de payer la masse des mensonges qu'il a proférés pendant la campagne présidentielle", a lancé Mme Royal estimant que la France "est tirée vers le bas".

"Le Premier ministre avait dit qu'il attendait de cette émission une feuille de route. Je crois que le Premier ministre a eu surtout une feuille de déroute".

"On est plus inquiets après l'émission qu'avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un président de la République hier, mais un candidat perpétuel".

Quant au mea culpa du chef de l'Etat sur un certain nombre de sujets, elle y a vu
"un truc de communication". "En clair, ça veut dire +je me suis trompé+".

Nicolas Sarkozy
"n'a pas répondu sur les préoccupations des Français" notamment sur le pouvoir d'achat, privilégiant "la redistribution entre les précaires" et "a donné une image de la France en situation d'échec en particulier sur l'éducation nationale, ce qui est faux".

"Ce qui est en train de se passer, c'est de la brutalité, c'est beaucoup d'arrogance. J'ai vu un Nicolas Sarkozy parfois méprisant à l'égard des Français".

"Sur la politique étrangère, il ne nous a pas rassuré et au contraire c'est extrêmement inquiétant" soulignant ses propos "aberrants" dans le but de "justifier qu'il se couche devant la Chine".

Je suis une opposante, parce que je fais des propositions constructives par rapport à ce qu'il serait possible de faire



Ségolène Royal répond aux questions des auditeurs de France Inter

NICOLAS DEMORAND

Bienvenue dans Interactive, l’invitée de France Inter ce matin est Ségolène ROYAL, la présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes. « Une feuille de déroute », c’est ce que vous avez dit, il y a quelques minutes au micro de France Inter, Ségolène ROYAL. Là, où le Premier ministre attendait une feuille de route, il a eu une feuille de déroute. Vous avez dit que vous étiez plus inquiète après l’émission qu’avant. Approximation, improvisation, contrevérité, aberration, une autre politique est possible et c’est urgent. Gouverner c’est prévoir avez-vous dit et donner du sens. Nicolas SARKOZY a reconnu ses erreurs, mais c’est d’après vous, la communication. S’il y a erreur, il faudrait infléchir la politique gouvernementale, or aucune inflexion n’a été annoncée. Alors il y a beaucoup de choses dans ce que vous avez dit à 8H20, on va revenir sur deux ou trois détails importants avec Patrick COHEN et les auditeurs de France Inter, Patrick !

PATRICK COHEN


Oui, Ségolène ROYAL, contre l’image de sincérité, de franchise, de bonne volonté qu’a voulu donner Nicolas SARKOZY, vous dites, non seulement il s’est trompé, il reconnaît certes des erreurs, mais il ne veut pas en tirer les conséquences – mais vous dites en plus : Nicolas SARKOZY dit des mensonges, des contrevérités, Nicolas vient de le rappeler. Je voudrais que l’on prenne un exemple, que vous avez cité tout à l’heure, celui des retraites. Quelles sont les contrevérités que vous avez perçus dans le propos de Nicolas SARKOZY concernant le dossier des retraites ?

SEGOLENE ROYAL

Ecoutez, François CHEREQUE a réagi, d’ailleurs très rapidement sur cette question là, qu’a-t-il dit ? Il a dit que lorsque Nicolas SARKOZY avait maintenu l’idée que désormais pour accéder à taux plein à sa retraite il faudrait travailler plus longtemps, il dit une contrevérité, une approximation pourquoi ? Parce que, ce qu’il cache, c’est qu’avec une réforme comme celle-ci, c’est le niveau des retraites qui va baisser, dans la mesure où, des millions de salariés n’ont déjà pas la durée complète de cotisations qu’il faut aujourd’hui pour accéder à une retraite à taux plein. Donc cela veut dire deux choses, cela veut dire, que soit, il ne connaît pas ses dossiers, soit il ment par omission, parce qu’il sait qu’une réforme comme celle-ci va baisser le niveau des retraites. Or, il y a déjà une retraite sur deux qui est à peine supérieure au SMIC.

Précisément, vous pensez qu’il faut renoncer au passage aux 41 ans de cotisations prévu dans la loi de 2003 ?

On ne peut pas passer aux 41 ans de cotisations si on n’a pas résolu le problème du chômage des seniors, premièrement et deuxièmement si on n’a pas résolu la question de l’intégration à la prise en compte de cette durée de cotisation, de la pénibilité des métiers.

Nicolas SARKOZY dit qu’il s’attaque à ces problèmes de seniors…

Il le dit, mais il ne le fait pas, c’est ça le problème.

Contrevérité encore sur d’autres dossiers, on ne vous a pas entendu parler tout à l’heure de l’immigration, il y a eu une grande part de l’interview présidentielle hier soir consacrée à la situation des sans papiers, discours de fermeté, pas de régularisation globale et dénonciation de l’hypocrisie des patrons, qui, a t-il dit, feignent de découvrir que leurs salariés étaient sans papiers, qu’en avez-vous pensé ?

Ecoutez, je pense que ce qui nous a frappés, c’est qu’il est resté très longtemps sur ce sujet, je crois que ce n’est pas un hasard, c’est son terrain de chasse privilégié, si j’ose dire. Et il l’a fait, là aussi de façon inquiétante, qui, curieusement n’a pas été relevé par ses interlocuteurs journalistes. Il a confondu en permanence, l’accès à la régularisation et l’accès à la nationalité française. Alors de deux choses l’une, soit il ne maîtrise plus ses dossiers et en effet il perd la main, y compris sur la maîtrise des politiques, quand même qui sont cruciales pour notre pays – soit c’est volontaire, c'est-à-dire qu’il a fait un amalgame pour là aussi « rapter » un certain électorat et à ce moment là, c’est irresponsable.

NICOLAS DEMORAND

Il faut une régularisation collective sur cette affaire très précise de travailleurs sans papiers ?


Je ne le pense pas, je pense que toutes les régularisations collectives ne sont pas… ne relèvent pas d’une bonne politique qui maîtrise les choses. En revanche, il faut sortir de l’hypocrisie, puisque, il y a là beaucoup d’hypocrisie. Certains travailleurs sans papiers sont passés par l’ANPE pour accéder à l’emploi et donc faire, comme l’a fait hier Nicolas SARKOZY, qui je le dis au passage, est responsable de la politique de l’immigration depuis 2002. Donc, qui aurait pu là aussi constater que cette politique est un échec. Il faut sortir de l’hypocrisie, puisqu’un certain nombre d’employeurs ont le courage de dire : nous employons des travailleurs clandestins, mais nous sommes prêts à régulariser les choses. Ce que je pense, c’est qu’il faut mettre les offres d’emploi sur le marché du travail, pour qu’il y ait d’abord, en effet des travailleurs étrangers en situation régulière ou des Français qui aient accès en priorité aux postes qui se libèrent. Et ensuite, là, conformément à ce que dit la loi, là, où il y a des métiers sous tension et là où la France a besoin de travailleurs étrangers – il faut reconnaître leur dignité, parce qu’ils paient des impôts, ils paient des cotisations et en plus, il sont menacés dans leur sécurité et dans leur dignité et c’est cela qui n’est pas acceptable.

NICOLAS DEMORAND

Laurent nous appelle de l’Ain, bonjour Laurent, soyez le bienvenu sur France Inter.


LAURENT

Bonjour Ségolène ROYAL, bonjour Nicolas Demorand, j’avais une question à poser, concernant le pouvoir d’achat, justement. Si vous aviez été élue l’année dernière, quelle mesure auriez vous pris, la mesure phare que vous auriez pu prendre pour améliorer le pouvoir d’achat – et quel à votre avis en aurait été le résultat à cette période, un an après ?

NICOLAS DEMORAND

Ségolène ROYAL, vous répond Laurent.


J’aurais fait plusieurs choses. D’abord, puisqu’il y avait une marge de manœuvre de 15 milliards, que Nicolas SARKOZY, on l’a dit, je n’y reviens pas, à donner en cadeaux fiscaux aux plus riches. J’aurais utilisé cette marge de manœuvre pour baisser la TVA, premièrement. Deuxièmement pour doubler la prime pour l’emploi, ce qui aurait fait du pouvoir d’achat. Troisièmement j’aurais baissé les taxes sur l’essence, puisqu’il y a une partie de la consommation d’essence en taxes et que Nicolas SARKOZY a supprimé le système qui faisait que lorsque le prix du brut augmente, les impôts sur l’essence diminuent, et ça, je pense que j’aurais rétabli ce dispositif. Mais surtout, j’aurais mis en place une politique très volontariste de contrôle, non pas des prix, parce que vous savez que ce n’est pas possible, mais de contrôle des marges. C’est là où il y a un vrai problème, hier Nicolas SARKOZY nous a raconté pour la troisième fois l’histoire de la tranche de jambon, d’ailleurs en exagérant. Alors le président de la République, il n’est pas là pour raconter des histoires de tranche de jambon, mais pour résoudre le problème de la hausse des prix. Il nous a dit, la hausse du prix du jambon, c’est plus 40 %, comme sur tout, il exagère, ce n’est pas plus 40, c’est plus 20 % - ce sont les yaourts qui augmentent de 40 %, mais passons ! Mais la question c’est de savoir comment on répond à ce problème ?

NICOLAS DEMORAND

Il a dit, réforme des lois GALLAND et RAFFARIN.


Alors, pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? En effet, je pense que si les prix alimentaires français sont de 15 % supérieurs aux autres prix de pays européens alimentaires, c’est parce qu’il y a un système de protection de la grande distribution. Il faudrait, premièrement, en effet supprimer cette loi RAFFARIN GALLAND.

NICOLAS DEMORAND

Donc, vous le rejoignez là-dessus ?


Oui, mais lui, il est au pouvoir, cela fait un an que je dis cela, qu’il faut en effet changer la loi dans ce domaine là.

PATRICK COHEN

La loi de modernisation économique sera présentée lundi en Conseil des ministres.


Alors, la loi de modernisation économique, là aussi il y avait une proposition dans cette loi que Nicolas SARKOZY a retirée et qui concernait les actions de groupes des consommateurs. Il l’a fait, sous la pression aussi des patrons de la grande distribution. S’il pense, comme il l’a dit hier que les consommateurs n’ont pas suffisamment de rapport de force par rapport à la question des prix – alors, il faut créer dans la loi de modernisation économique, la possibilité, comme c’est le cas dans d’autres pays, des actions de groupes des consommateurs. Parce qu’ils pourront avoir les moyens de se défendre et de mettre en cause des marges qui sont inadmissibles.

NICOLAS DEMORAND

Yves nous appelle des Côtes d’Armor, bonjour et bienvenue sur France Inter.


YVES

Oui, bonjour à tous, merci de me recevoir dans votre émission, je vous appelle de Trébeurden dans les Côtes d’Armor. Madame ROYAL, depuis l’élection de Nicolas SARKOZY, vous campez dans une dénonciation haineuse de la politique gouvernementale. Nous aimerions que vous vous engagiez dans une opposition constructive, que vous fassiez des propositions. Ainsi, quelles seraient les propositions que vous feriez pour réduire l’abyssal déficit budgétaire, sans toutefois évoquer à la manière d’un cabri qui sautille, le paquet fiscal ?


D’abord, je ne me sens pas du tout en situation de haine envers qui que ce soit. Ce n’est pas, ni mon tempérament, ni ma façon d’agir,

NICOLAS DEMORAND

Ni en situation de cabri, pour reprendre l’expression de Yves.


Ni en situation de cabri, mais ce n’est pas parce qu’on dit des choses justes, qu’il ne faut pas les répéter. Pour réduire le déficit, je crois qu’il faut une réforme de l’Etat, il faut diminuer le train de vie de l’Etat, mais pas de façon brutale, en faisant des coupes sombres, comme j’en ai donné un certain nombre d’exemples tout à l’heure – en sapant dans les services publics. Il faut réformer l’Etat en mettant en mouvement les territoires. Moi j’ai proposé une nouvelle étape de la décentralisation. Vous savez les pays qui ont économisé sur les dépenses publiques, sont des pays qui ont donné, justement, à chaque échelon de décision publique et politique leur responsabilité. Et aujourd’hui la France souffre d’une super position des échelons. Il y a la commune, les communautés de commune, les pays, les départements,

NICOLAS DEMORAND

Il faut en supprimer ?


Il faut donner à chacun ses responsabilités pour éviter qu’il y ait tous ces doublons. Et moi ce que j’ai proposé, c’est que l’on donne aux régions, en particulier par exemple, la responsabilité d’un certain nombre de dépenses sur les travaux concernant l’enseignement supérieur – puisque les universités françaises sont dans un état assez catastrophique. C’est un exemple parmi d’autres, on pourrait en prendre plein. Là, où l’Allemagne et l’Italie ont réussi et l’Espagne ont réussi à faire des économies et à rendre l’Etat et la puissance publique beaucoup plus efficace. C’est parce qu’elles ont à la fois, maintenu des solidarités nationales fortes pour garantir une égalité de développement sur l’ensemble du territoire. Et en même temps donner aux décideurs politiques qui sont à l’avant-garde et en première ligne et au contact des gens des responsabilités avec les ressources financières qui vont avec. Je suis convaincue que l’on peut économiser…

PATRICK COHEN

Cela permet d’économiser des dizaines de milliards d’euros ?


Ah oui, je suis convaincue qu’une bonne organisation territoriale avec des institutions qui fonctionnent bien, qui ont leurs responsabilités, qui doivent rendre des comptes et avec une démocratie participative qui permet aux citoyens aussi de mieux contrôler l’argent public, oui,

PATRICK COHEN

On peut faire des économies sans couper dans les crédits, comme vous dites ?


Bien sûr, il faut redéployer, il y a certaines des dépenses qu’il faut supprimer, moi je l’ai fait moi-même en arrivant à la tête de la région. J’ai supprimé, j’ai baissé considérablement le train de vie de la région sur un certain nombre de dépenses inutiles. J’ai supprimé les grosses voitures, les frais de réception, j’ai supprimé des subventions qui n’étaient pas utiles, des effets d’aubaine. Ecoutez, aujourd’hui il y a 64 milliards d’euros d’aides aux entreprises. On estime que la moitié de ces aides sont des effets d’aubaines, c'est-à-dire vont à des entreprises qui n’en ont pas besoin. Donc, voici un paquet budgétaire à redéployer sur les entreprises et notamment sur les PME. C’est sur ce qu’elles reposent, la dynamique de la croissance économique et de la croissance d’emploi.

NICOLAS DEMORAND

Une question sur le dossier chinois Ségolène ROYAL, est-ce que Bertrand DELANOE a eu raison de faire du Dalaï Lama et d’un dissident chinois, deux citoyens d’honneur de la Ville de Paris ?


Oui, bien sûr, vous savez, j’ai rencontré moi-même la sœur du Dalaï Lama, que le Dalaï Lama n’était pas là quand je suis allée en Inde – donc c’est sa sœur qui est venue me voir. Tout ce qui peut être fait en effet pour lutter contre la répression, les assassinats au Tibet doit être fait. Et je l’ai dit tout à l’heure, il est regrettable de voir que Nicolas SARKOZY, s’est couché devant la Chine et je pèse mes mots – alors qu’Angela MERKEL a déjà reçu le Dalaï Lama, a dit, qu’elle ne serait pas à la séance d’ouverture des Jeux Olympiques, Gordon BROWN est en passe de faire la même chose, or, c’est le drapeau français, comme cela a été souligné hier, qui est brûlé à Pékin. Donc moi je dis qu’avec les Chinois, c’est quand on est bien au clair sur ses valeurs, bien ferme et qu’on reste debout qu’on est respecté – et pas quand on s’allonge.

NICOLAS DEMORAND

Jean-Pierre RAFFARIN qui est en déplacement diplomatique en Chine a parlé d’une faute politique majeure dans cette affaire du citoyen d’honneur, Dalaï Lama par la Ville de Paris Ségolène ROYAL.


La faute politique, c’est là, d’aller à Pékin pourquoi, pour recoller quels morceaux ? Enfin c’est un spectacle je pense assez lamentable et en plus qui… On ne peut pas à la fois dire, comme le dit Nicolas SARKOZY hier, qu’il fallait qu’il consulte les autres pays européens, parce qu’au moment des Jeux olympiques, c’est la France qui serait présidente de l’Union et en même temps ne pas tenir compte de la façon dont agissent les autres chefs d’état en Europe, qui tous, condamnent l’attitude actuelle de la Chine.

PATRICK COHEN

Vous êtes toujours sur l’idée d’une menace, d’un boycottage complet des Jeux Olympiques, comme vous l’avez exprimé une fois, pas seulement de la cérémonie d’ouverture, des JO ?


Je suis convaincue que si l’ensemble des pays européens et la France avaient une responsabilité pour prendre une initiative dans cette direction, avaient menacé la Chine d’une non participation aux Jeux Olympiques, je suis convaincue que cela aurait été très efficace. Parce que les Chinois, qui sont un grand peuple et qui méritent le respect, respectent aussi ceux qui se font respecter. Et c’est un leurre de croire que parce qu’on est faible, parce qu’on est mou, parce qu’on est impuissant, qu’on va être respecté par les Chinois, c’est tout le contraire.

Voir la suite sur le site Désirs d'avenir.

Je le répète une autre politique est possible !



Ségolène Royal réagit à l'intervention de Nicolas Sarkozy sur France Inter.

Nicolas Demorand

Il est 8 heures 20, l’invitée de France Inter est ce matin la socialiste Ségolène ROYAL, présidente de la région Poitou-Charentes, bonjour et bienvenue !

Ségolène Royal

Bonjour !

« 90 minutes pour convaincre », le président de la République s’est exprimé hier soir à la télévision, l’enjeu c’était notamment de remettre de la lisibilité dans l’action, avez-vous été convaincue Ségolène ROYAL ?

Ecoutez, je crois que les Français sont inquiets aujourd’hui, la question est de savoir s’ils sont rassurés après cette émission ? Force est de constater que non. On est même plus inquiet après l’émission qu’avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un président de la République hier, mais un candidat perpétuel. Alors il a dit à cinq reprises, j’ai ma part de responsabilité, on sent d’ailleurs un peu la formule de communication, en clair, cela veut dire ; je me suis trompé. Mais il s’est trompé sur quoi ? Il ne nous l’a pas dit et quelles conséquences il en tire pour rectifier sa politique ? On ne le sait pas. Il a fait aussi beaucoup d’approximation, d’improvisation, Bernard GUETTA vient d’ailleurs de le dire, en politique étrangère. Il a dit des contrevérités sur la question des retraites. Il nous a dit qu’il allait financer le RSA par la suppression de la prime pour l’emploi, c'est-à-dire 4 millions de salariés modestes vont voir leur pouvoir d’achat baisser. Il n’a pas répondu sur les préoccupations concrètes des français. C'est-à-dire, rien sur le pouvoir d’achat, il a dit des aberrations sur l’éducation, il a par exemple dit, 15 % des élèves sont fichus à l’issue de l’école primaire. Je crois qu’un président de la République ne peut pas s’exprimer de cette façon là. Il a donné une image de la France en situation d’échec, en particulier sur l’Education nationale. Il a osé dire que c’était l’échec global de l’Education nationale, ce n’est pas vrai ! Enfin je crois que le Premier ministre avait dit qu’il attendait de cette émission une feuille de route – compte tenu de tout ce que je viens de dire et il y aurait encore beaucoup de choses à souligner sur les approximations, les contrevérités. Le sentiment que parfois, il ne maîtrisait plus les choses, je crois que le Premier ministre a eu surtout une feuille de déroute.

Donc pour vous, Ségolène ROYAL, le bilan de cette première année de présidence SARKOZY c’est un échec sur toute la ligne à vous entendre ?

Oui, c’est un échec grave, d’ailleurs les Français le savent, nous le sentons, la France est tirée vers le bas. Mais ce que je voudrais dire aux Français qui nous écoutent, c’est qu’une autre politique est possible. Il est possible et urgent de faire autrement. Parce qu’autrement, si à l’issue de cette année, que d’ailleurs Nicolas SARKOZY, de façon assez malhonnête attribue à des chocs extérieurs, il a identifié quatre chocs, en particulier la hausse du coût de l’énergie.

On ne peut pas le nier !

On ne peut pas le nier, mais tous les pays sont confrontés à la hausse du coût de l’énergie. Or l’Allemagne par exemple est en excédent commercial, on pourrait prendre plein d’autres exemples dans lesquels les pays prennent à bras le corps leur talent, leur potentialité, la France en a beaucoup. Je reviens d’Inde et je puis vous dire que nous n’avons aucun complexe à faire par rapport aux centres de recherches indiens et qu’au contraire, la France devrait aider les petites et moyennes entreprises innovantes à nouer des partenariats avec les grands pays émergents, donc il y a du potentiel.

Il dit, faisons le bilan dans cinq ans, au terme de mon quinquennat, on ne peut pas réformer un pays, qui sur des dossiers importants n’a pas bougé depuis plus de trente ans en un an.

La France a besoin de réformes, mais où sont-elles aujourd’hui, qu’est-ce que c’est qu’une réforme ? Une réforme c’est prendre des décisions pour que cela aille mieux, pas pour que cela n’aille plus mal. Une réforme c’est faire des choses avec les gens et pas contre eux. Or c’est ce qui est aujourd’hui en train de se passer, c’est de la brutalité, c’est beaucoup d’arrogance, contrairement à ce qui a été dit. Moi j’ai vu un Nicolas SARKOZY parfois méprisant à l’égard des Français, je viens de le souligner sur l’éducation. Il a dit des monstruosités sur la laïcité, une fois de plus, en confirmant que les clercs et les prêtres donnaient du sens à la vie et pas les enseignants – mais dans une société ce sont tous les adultes qui donnent du sens à la vie aux plus jeunes. Il a dit aussi des choses aberrantes sur la Chine, il a osé dire, pour se justifier qu’il se couche devant la Chine, disons les choses très clairement, il a osé dire que la Chine aidait le Darfour. Mais comment est-ce que la France qui est au Conseil de sécurité, est-ce que ce n’est pas inquiétant qu’un président de la République et membre permanent du Conseil de Sécurité ignore à ce point que chaque fois qu’il y a eu des résolutions contre le Soudan, la Chine a voté contre. Et donc, même sur la politique étrangère il ne nous a pas rassurés, au contraire c’est extrêmement inquiétant.

Il y a quelques mois, Ségolène ROYAL, vous reconnaissiez à Nicolas SARKOZY l’énergie dont il faisait preuve pour occuper la fonction présidentielle. Plus rien ne trouve grâce à vos yeux, donc, après douze mois de gouvernement et de présidence ?

Mais je crois qu’il est en train de payer et la France avec et c’est ça qui est grave, c’est pour ça, je crois qu’il faut que, à la fois l’opposition et les Français continuent à faire pression sur le gouvernement pour que la politique change et qu’il y ait de vraies réformes. Il est en train de payer la masse des mensonges qu’il a proférés pendant la campagne présidentielle. J’ai là sous les yeux un certain nombre de promesses. Souvenez-vous, plus 25 % immédiatement de l’augmentation des retraites. Travailler plus pour gagner plus, je propose la propriété pour tous, la crise du logement n’a jamais été aussi grave qu’aujourd’hui. L’allocation adulte handicapée, plus 25 %, on attend toujours. Le remboursement des soins d’optiques,

Il vous dit, rendez-vous dans cinq ans !

Attendez, le remboursement des soins d’optique, il avait dit exactement : les remboursements pour lunettes et le prothèses dentaires, on ne peut pas dire que c’est du confort. Le 5 février 2007, il avait dit : « on ne peut pas se trimballer avec une dent qui manque et c’est pareil pour les lunettes, ce n’est pas une question de mode, c’est une question de nécessité et je vais porter les remboursements à 50 % » et là le gouvernement est en train de faire le contraire, c'est-à-dire de diminuer les remboursements. Donc je crois que la situation est grave et hier, finalement, on a eu quelqu’un qui était satisfait de lui. Il a même osé dire, que cela allait mieux pour les Français, mais autour de nous, on ne voit que des Français qui disent que cela va plus mal. Moi je vais vous dire, qu’est-ce que c’est que gouverner ? Gouverner d’abord, c’est prévoir, c’est donner du sens aux choses. Hier on n’a eu aucun sens donné à la politique globale. Gouverner, c’est ensuite dire la vérité, il y a eu beaucoup de contrevérités qui ont été dites hier. Et enfin gouverner, c’est rectifier son action lorsque l’on fait des erreurs. Il a reconnu ses erreurs, c’est un truc de communication, si ce n’était pas un truc de communication,

Mais pourquoi est-ce un truc de communication Ségolène ROYAL ?...Vous, vous ne reconnaissez jamais vos erreurs ?

Si, je reconnais des erreurs, mais j’en tire les conséquences, c’est à dire que je rectifie les choses, je réajuste ce que je dis ou ce que je fais. Donc ce qu’on attend quand on reconnaît des erreurs, ce n’est pas seulement une opération de communication pour que ce matin les gens puissent dire : ah, eh bien il a reconnu ses erreurs, il est plus modeste qu’avant. Non, c’est d’aller jusqu’au bout de cette logique et c’est de reconnaître effectivement que dans le fameux paquet fiscal, au lieu de le diminuer… Ecoutez, moi j’ai proposé que le paquet fiscal avec les 15 milliards, on double la prime pour l’emploi pour les 8 millions de salariés – lui, il vient de dire le contraire, on va supprimer la prime pour l’emploi pour 4 millions de salariés, c’est quand même très grave.

Pour financer le Revenu de solidarité active.

Il fait de la redistribution entre les précaires et entre les gens modestes, au lieu de reprendre aux plus riches pour donner aux plus pauvres, c’est ça que les gens attendent. Vous savez je l’ai entendu, il a défendu le bouclier fiscal, mais qu’est-ce que c’est que le bouclier fiscal ? Il y a même une personne qui a reçu un chèque de ristourne de 7 millions et demi d’euros, il y a eu 350 millions d’euros rendus à 15 000 contribuables, les plus riches. Donc, il faut arrêter ça, il faut cesser de redonner, cette année en 2008, 15 milliards au plus favorisés et encore en 2009, 15 milliards au plus favorisés. Parce qu’il faut que les Français comprennent bien que ces fameux cadeaux fiscaux, c’est tous les ans. Donc, il faut récupérer ces moyens là, pour les remettre là où c’est nécessaire, c'est-à-dire sur le pouvoir d’achat des salariés et sur l’innovation dans les entreprises. Je le répète une autre politique est possible !

Etes-vous candidate au poste de première secrétaire du Parti socialiste Ségolène ROYAL, c’est le ton qui est le vôtre ce matin ?

Vous savez, je pense qu’honnêtement, compte tenu des difficultés aujourd’hui que connaissent les Français et cela dans tout le pays, parce qu’il y a quelque chose de profond qui est en train de se déliter et en particulier la question des services publics. Vous savez, moi je préside une région d’1.600.000 habitants, qui est une région moyenne, donc représentative, donc, parlons concret quand même. Parce qu’il m’a semblé aussi que Nicolas SARKOZY était très éloigné des préoccupations..

Je vous pose concrètement la question, puisque, vous avez que l’intervention de hier soir et que la politique qui était menée impliquait de nouveaux devoir pour l’opposition, est-ce que vous êtes prête à assumer cette part là de responsabilité, que vous définissez vous-même pour l’opposition ?

Vous savez, le premier devoir de l’opposition, des élus d’opposition qui sont sur le territoire c’est d’essayer d’amortir les chocs d’une mauvaise politique, aujourd’hui et de quelque chose qui détruit des solidarités profondes. Vous savez dans la région que je préside, juste… cela va être très rapide ! Ecoutez-moi, il y a la suppression de neuf tribunaux d’instance et de deux tribunaux de commerce. Il y a la suppression de onze plateaux de chirurgie dans les hôpitaux, des villes petites et moyennes. Il y a quarante écoles qui vont fermer en milieu rural et écoutez-moi, il y a soixante quatorze suppressions de formation professionnelle pour les lycéens. Aujourd’hui les lycéens bloquent les lycées, pourquoi ? Parce qu’ils veulent travailler, il y a la suppression du Brevet d’enseignement professionnel, ce qui est grave pour les entreprises et ce qui est grave pour les jeunes. Eh bien moi, je dis qu’il est possible de faire autrement et la responsabilité de l’opposition aujourd’hui et même des français, vraiment, c’est d’exiger autre chose. C'est-à-dire qu’on cesse de casser ce qui fonctionne bien dans le pays, qu’on réforme l’Etat pour déployer les énergies qui sont sur le territoire et il y en a. Qu’on donne du potentiel aux Français qui veulent aller de l’avant et aux entreprises qui veulent aller de l’avant. Et je pense que comme ça, la France pourrait remonter la pente.

Dernière question, je vous la repose très rapide Ségolène ROYAL, votre responsabilité à vous, au sein de l’opposition, n’est-ce pas de dire aujourd’hui, oui je suis candidate à ce poste là, de première secrétaire pour faire marcher l’opposition comme j’estime qu’elle doit marcher aujourd’hui face à la politique de ce gouvernement et de ce président ?

Ecoutez, je pense qu’il ne faut pas réduire la politique à des candidatures, à des postes, parce que cela serait totalement décalé avec ce que la France connaît aujourd’hui. J’ai été candidate à l’élection présidentielle et donc je sais, pour avoir parlé aux Français, avoir convaincu 17 millions de Français qu’il y a une autre vision de la France, qu’il y a d’autres valeurs à mettre en mouvement – qu’il y a un potentiel formidable qui est aujourd’hui freiné et cassé par des réformes injustes et inefficaces. Et je le dis, le plus clairement, le plus fermement possible, parce que ma responsabilité c’est d’entretenir l’espérance aussi. C’est de dire aux Français que ce n’est pas possible de continuer comme ça pendant quatre ans. Et donc on va tout faire pour que de vraies réformes arrivent pour amortir les chocs sur les territoires que nous dirigeons, que nous gouvernons,

Ma question est simple Ségolène ROYAL, pourquoi vous ne voulez pas y répondre, oui ou non ?

Parce que je pense que ce n’est pas le moment et que c’est décalé par rapport au temps. Mais il ne vous a pas échappé, Nicolas DEMORAND, que j’assume mes responsabilités de leader politique, celles que j’ai eues et donc celles qui me donnent en effet des devoirs par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Et c’est vrai que pour préparer une alternance dans quatre ans, parce que cela passe vite, il faut s’y prendre tôt, parce que c’est un travail important. Parce que la France dans quatre ans, ne sera plus la même que celle qu’elle est aujourd’hui. Et pour cette échéance là, ce n’est un secret pour personne que je m’y prépare, bien évidemment.

Merci Ségolène ROYAL et à tout de suite, on vous retrouve dans Interactive.

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